Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Documents

Paru dans Catalogues d’exposition
Date Février 1997
Titre Catalogue de l'exposition « Collection du château de Plieux »
Couverture
Couverture :
Henri Michaux
sans titre (bleu nuit et noir) 1970

COLLECTION DU
CHÂTEAU DE PLIEUX
(GERS)

Préface de M. François Drouin,
Président du Directoire
de la Caisse d'Épargne
de Midi-Pyrénées

Introduction de Renaud Camus,
Président de Pli selon Pli
(Société des Amis de Lectoure et du Château de Plieux)

Texte d'Eric Dupont

EXPOSITION
à L'ESPACE ÉCUREUIL,
3, PLACE DU CAPITOLE, TOULOUSE
DU 11 FÉVRIER AU 22 MARS 1997

Préface

Le château de Plieux
Le château de Plieux

L'exposition de la collection du château de Plieux satisfait pleinement, à travers les œuvres présentées, l'ambition de l'Espace Écureuil de montrer au plus large public des créations artistiques contemporaines de référence et constitue à l'évidence un des éléments forts de la programmation exigeante du lieu.

Merci à Renaud Camus d'avoir accepté, pour quelques semaines, de modifier l'accrochage aux murs de son superbe château gascon, afin de montrer une grande partie de sa collection sur les cimaises de l'Espace Écureuil.

Merci à lui d'offrir aux nombreux visiteurs qui découvriront l'exposition le plaisir du regard porté sur de si belles œuvres.

Merci à lui, enfin, de permettre ainsi à la Caisse d'Epargne, premier établissement financier régional, de poursuivre son engagement culturel vis-à-vis des Midi-Pyrénéens.

François Drouin
Président du Directoire
de la Caisse d'Épargne
de Midi-Pyrénées
 

Introduction

La salle de Lam
La salle de Lam
(Tàpies, Miró, Lam)

Au cœur du cœur de la ville, et en son lieu le plus exquisément urbain, sur cette place du Capitole qui constitue l'une des plus justes gloires de Toulouse comme de l'art et de l'esprit français en général, voici des œuvres de campagne, dans les deux sens de l'expression, rustique et militaire.

Elles ne sont pas forcément très sociables. Elles vivent entre les vaches et les canards, d'habitude, dans une abrupte forteresse, antique et pleine de cicatrices. Et leur présence en ces solitudes – qui ne les appelaient pas très fort, il faut le reconnaître, – c'est déjà toute une équipée, presque une croisade.

L'amitié les a réunies, pourtant : l'admiration, l'estime mutuelle, la confiance, une camaraderie de combat.

L'un des traits de la collection de Plieux, c'est que le collectionneur – si tant est que l'on puisse, dès lors, le nommer de la sorte – n'en possède pour ainsi dire rien. Il n'en est que le gardien, le vigile de jour et de nuit, celui qui appelle et qui scrute, celui qui regarde et désire. Ces sculptures, ces peintures, ces encres et ces dessins, ils appartiennent aux artistes eux-mêmes, et parfois à leurs héritiers, qui les confient à Plieux parce que ces pierres leur ont parlé, ces galeries de terre battue, ou bien ce sont ces fenêtres, ces ciels, cette lumière sur ces paysages. Presque tous ces tableaux sont des prêts (que nous aurions bien mauvaise grâce, dès lors, à ne pas prêter à notre tour) et en tant que tels rétractables à merci, bien sûr, selon les exigences d'expositions ailleurs, ou le simple désir des artistes de reconsidérer leur bien : de sorte que cette collection dite “permanente”, elle est en fait comme le fameux couteau de Lichtenberg, dont on change le manche, puis la lame.

Demeure l'idée, perdure l'être, persévère l'esprit du lieu : il va même s'enrichissant, de chaque rencontre, de chaque séjour, de chaque nom dont il accroît les résonances du sien, et qui s'érige à son tour comme un signe, comme un motif d'émulation, un attrait supplémentaire pour d'autres noms, pour d'autres œuvres, d'autres envies de voir et de donner à voir. Kounellis a travaillé là, demain ce sera Boltanski [1]. Leroy vous prête une Vénus ? Voulez-vous un grand Nu noir ou cette Naissance du paysage ? Pourquoi ces choses sont-elles là ? Parce que d'autres y ont été, y sont encore, y seront demain, n'y seront plus. Fondé sous l'instance du désir, le lieu secrète le désir. Il arrange des rendez-vous, des pélerinages, des colloques avec l'ombre ou l'épaisseur de l'air, entre les bras de l'horizon. « Voici, dit Georges Raillard, gagnant les hauts murs de Plieux, la population de Miró, ses personnages, ses figures, ses oiseaux, ses femmes. On ne se demande pas si le "moderne" convient ici à “l'ancien” : les œuvres violentes, celles qui tiennent en suspens leur sens, sont contemporaines les unes autres. Au château, Miró est chez lui. »

Chez eux y sont de même Wifredo Lam ou Tàpies, Rebeyrolle ou Anthony Caro. Thursz est heureux de côtoyer Serra; et les arbres noirs d'Appel de regarder ceux d'Alechinsky, vieux camarades, dans les embrasures des fenêtres. Etre mort n'empêche pas de demander l'heure, pour Barthes ou pour Henri Michaux, au Pendulum de Juliet Vles. Voici la Barque des ombres, justement, dans la votive et mémoriale Salle des Vents, mise en place par Jean-Paul Marcheschi à la mémoire Maurice Wermès.

J'ai choisi ces œuvres, et doublement celles qui sont place du Capitole aujourd'hui, puisqu'il s'agit d'une sélection. Et le sentiment que je tiendrais le plus fort à exprimer ici, c'est cette forme de connaissance redoublée, cette connaissance en abyme, inscrite en l'autre et la creusant, et qui a nom reconnaissance.

Reconnaissance aux artistes, tout d'abord, sans qui il n'y aurait rien à voir ici, par définition, ni nulle part : reconnaissance pour leur talent, bien sûr, ou leur génie, et pour leur invraisemblable générosité, qui n'en est qu'une forme particulière – je vis parmi ses effets, et je n'en reviens pas de ma chance.

Reconnaissance à leurs héritiers, parfois, dans le cas de Miró, de Lam, de Michaux ou de Thursz (et tout particulièrement à Joan Pugnet Miró, sans qui n'aurait jamais été possible, ni même envisageable, la grande exposition de Plieux, Miró, les dernières années, en 1996 ).

Reconnaissance à tous ceux qui nous aident, autres collectionneurs, fondations, galeries – au premier rang desquelles Lelong à Paris, Plessis à Nantes, Werner à Cologne; et tout spécialement à Bénédicte Lesieur, inépuisable inventeur de solutions à tout, et à Françoise et Charles-Yves Plessis.

Reconnaissance à mon ami Eric Dupont, bien connu de tous les amateurs d'art toulousains, et qui a eu la gentillesse d'accepter, dans les jours mêmes où il lançait sa nouvelle galerie parisienne, d'écrire le texte principal de ce catalogue.

Reconnaissance à mes vaillants collaborateurs Daniel Avena, secrétaire général de Pli selon Pli, et son épouse Patricia, qui prépare un travail sur Christian Boltanski.

Reconnaissance à tous les membres de l'association Pli selon Pli, Société des Amis de Lectoure et du Château de Plieux.

Reconnaissance à l'Ecureuil, enfin, à la Caisse d'Epargne de Midi-Pyrénées, à Michel Ramonet et Blanche-Marie Aussenac, qui nous accueillent au pied du Capitole, nous les ambassadeurs des canards et des oies.

Renaud Camus
 


[1] Exposition de Christian Boltanski au château de Plieux, 13 juillet – 29 septembre 1997

Plieux : la nouvelle Ithaque

La salle des Cendres
La salle des Cendres
(Alechinsky, Caro, Thursz)

Il y a beaucoup plus de vivacité que de goût parmi les hommes ;  ou, pour mieux dire, il y a peu d'hommes  dont l'esprit soit accompagné d'un goût sûr et d'une critique judicieuse.

La Bruyère,
Les Caractères.

Il vit sur les bords extrêmes du monde. Après de longs voyages il s'installe à Plieux et il écrit. Peut-être est-il un de ces nomades, un de ces voyageurs qui sous les étoiles cherche le chemin, le trouve et nous le montre.

Il n'est jamais là où on l'attend. Il est loin et proche à la fois des lieux où la vie se démène furieusement contre les habitudes et les horloges. Attentif à son siècle, il observe et peint les murs de notre temps. Il trouve ses modèles dans le monde où l'on vit, et s'emploie à décrire les hommes et leur univers non en copiste, mais en peintre d'histoire, qui, en son royaume (l'Ecriture), choisit ses sujets pour n'en garder que les traits essentiels. Il installe ainsi, entre la barbarie et nous, une enceinte salvatrice, un rempart impénétrable au vice et à la corruption : il est notre Vigie et voit à l'horizon, bien avant tous les autres, venir l'aube et tout ce qui la suit.

Pensant à sa vie – à ce que j'en connais – souvent me vient à l'esprit cette phrase d'Artaud: « Il y a une manière d'entrer dans le temps sans se vendre aux puissances du temps».

Certes le site qu'il a choisi d'habiter se prête à cette fonction; lorsque sur sa face septentrionale on l'aborde par un chemin plutôt escarpé (un panneau "Plieux 4 →" nous prévient), situé bien en dessous du village, celui-ci se découvre, ou plus exactement la flèche de son église montre le bout de sa croix, puis c'est aux créneaux de la tour du château de jaillir du sommet arrondi d'une colline ocre brûlée par le soleil, ou bien brune, mais aussi blanche, enneigée (comme c'était le cas lors de ma dernière visite). Et ces deux silhouettes – géométriques l'une et l'autre, on croirait contempler en elles un de ces rares et beaux tableaux d'Emile Bernard peints en 1892, comme il s'en trouve un splendide, La Moisson au bord de la mer au Musée d'Orsay – ces deux silhouettes noyées dans le ciel de Lomagne surgissent de la terre alors que l'on s'élève à flanc de coteaux pour rejoindre Plieux. Les voitures, par nécessité, grimpent lentement, entre les champs. Subrepticement des façades apparaissent comme des agrégats blottis au pied de ces deux monuments.

Renaud
[1] Joan Miró : Renaud, 1970

Sur la face méridionale l'effet est différent, plus classique, j'ose même dire moins surprenant: le château s'offre plus rapidement, dès la sortie de L'Isle-Bouzon – il faut dire que l'on n'est plus en contrebas mais presque à sa hauteur, et que ses murailles nous donnent cette fois l'impression de surgir du bois de feuilles qui les environne. C'est du côté occidental que l'édifice se montre sous ses plus beaux atours: de toute sa hauteur, ses fortifications se découpent sur l'azur, et l'on comprend très vite qu'à dominer ainsi les contrées environnantes il dut avoir à essuyer les assauts les plus décidés.

L'accès à la demeure se fait par un chemin d'argile et de calcaire qui croît jusqu'à ses portes. Elles sont gardées par une imposante et vénusienne sculpture en bronze de Joan Miro: Torse, 1969.

Au rez-de-chaussée, alors que vous descendez quelques marches, devant vous et sur les murs latéraux trois toiles de Rebeyrolle: en face, une tête – que dis-je une tête, deux yeux, drôlatiques et plutôt inquiétants; sur les côtés des cènes habités par des corps abîmés. De part et d'autre de la tête trois gigantesques peintures de James Brown contrastent singulièrement avec ce qui précède. Ces grandes compositions – élégamment encadrées – presque monochromes, Black Salt 1 & 2 et Salt 18, jouent sur un registre extrêmement subtil et sensible, exigeant une attention toute particulière si l'on veut éprouver un peu de ce qu'ici l'on voudrait nous montrer.

Cette palinodie en six tableaux montre combien, chez celui qui décide en ces lieux, s'instaure le dialogue entre des œuvres d'essence toute différente, pour ne pas dire opposée. Je perçois ici la volonté de ne pas s'enfermer dans des luttes (à mon avis dépassées) qui opposent parfois une peinture qui se proclamerait figurative et une autre abstraite.

Ces mots seront bientôt ceux d'un autre siècle et c'est très bien ainsi. Ce n'est pas tant le sujet qui compte, ce me semble, que la manière de le dire ou de le montrer. Sur une toile la place est bien moins pour lui que pour la peinture. Je dirai même davantage: sur la toile toute la place est pour la Peinture.      

sans titre
[4] Henri Michaux :
sans titre (bleu nuit et noir), c. 1970

A gauche en entrant, adossées au mur, vous découvrirez trois sculptures en bois, métal et pierre de Jannis Kounellis. Il y a deux ans le maître de l'Arte povera avait charpenté les salles du château avec de grandes poutres, aux extrémités desquelles il avait placé des plaques d'acier laminé bleui par la chaleur. L'ensemble entretenait une étrange ambiguïté dans l'espace, et l'on ne savait plus ce qui soutenait la demeure: était-ce ses charpentes, ou bien les sculptures qui apparemment en étayaient les murs et le plafond?

La seconde salle du bas est consacrée à trois artistes: deux Catalans et un Cubain. A gauche, dans un petit passage, une sculpture en bronze de Miró, au titre curieusement homonyme du maître de maison : Renaud. Puis se succèdent des peintures d'Antoni Tapiès, œuvres aux tonalités sourdes où se disputent des gris et des noirs et quelquefois des blancs légèrement teintés. Me touche tout particulièrement cette très grande Croix encadrée de 1989, peinte en noir sur une toile de lin écru. Au-dessous sur le sol de terre battue, posés là – empreints de gravité –, deux modelages, du même artiste, en terre chamottée et émail, me font songer aux tragédies de Sophocle, et tout particulièrement au combat fratricide entre Etéocle et Polynice.

Sur l'autre long mur, le Cubain Wifredo Lam offre dans une grande composition colorée et très gestuelle de 1958, Les Oiseaux blancs, contraste étonnant avec deux autres œuvres de sa main, peintes en 1974.

A l'issue de la visite de ce premier niveau, au moment où il sort pour rejoindre les étages et découvrir, comme je l'ai fait, la sculpture acier, bois et céramique d'Antoni Caro, le visiteur éprouve un étrange sentiment: ici tout s'assemble parfaitement et les différences s'estompent pour donner un Tout qui se sublime en une communion des formes et des tonalités. Peut-être sont-ce ces pierres, qui ne s'y attendaient guère, qui confèrent à l'ensemble une musicalité digne d'un quatuor de Bartok – le cinquième?

   Après ce passage en camaïeu de couleurs austères, austère comme l'est le lieu, comme peut l'être l'Escorial, vous entrez dans la tour du château pour gravir l'escalier en colimaçon qui conduit aux étages; et sur votre droite vous poussez la porte pour pénétrer en une vaste salle, baignée par la lumière du nord, qui prête ses parois à des œuvres diaprées de Karel Appel, ou les profonds ébrasements de ses fenêtres à Alechinsky. Sur le grand mur d'en face, une empreinte de Richard Serra, à la majestueuse simplicité, côtoie les tonalités de gris ou d'ardoise d'une sculpture de Susana Solano et plusieurs toiles de Juliet Vles.

sans titre
[7] Henri Michaux :
sans titre (noir sur blanc), 1980

Deux peintures de Thursz gardent la cheminée. Ce sont des monochromes hauts et étroits, le premier rouge sang-de-bœuf, et l'autre – reliquaire moderne – véritable peinture votive offrant une grande variété de gris, hommage à un proche dont les cendres servirent de base à la composition.

Au second étage, l'escalier ouvre sur un vaste salon entièrement consacré à Jean-Paul Marcheschi, La Salle des Vents.

Deux murs sont ornés de grands tableaux, L'Oracle et La Morsure de l'aube. Vous découvrez aussi une étrange sculpture, faite de plaques de verre partiellement noircies à la fumée et formant une manière de nef, entre passages et voyages: La Barque des Ombres.

Face à la fenêtre d'occident, le grand mur – percé d'une porte plutôt basse – est entièrement recouvert d'une variation de la série des Cartes des Vents. Ce travail monumental à fond clair, conçu pour le lieu même, se déploie en cercles concentriques, tracés au filon à la mine noire.

De près apparaissent de nombreux afflux d'écritures, des dessins (éléments actifs de la carte), qui créent son identité et lui confèrent son idiosyncrasie.

De loin, au fur et à mesure que l'œil s'éloigne du milieu, les cercles s'élargissent, et l'on perçoit davantage la cire de bougie qui les a nourris. Le regard, par ce procédé perceptif, est attiré vers le centre, et l'impression produite semble celle de la célérité d'un météore et de sa course dans l'espace. On connaît encore mieux ce que nous suggère l'artiste lorsque l'on sait que c'est la dernière phrase de l'Enfer de Dante qui préside à cette série d'œuvres : Uscimo à reveder le stelle.

Dans la bibliothèque contiguë, Henri Michaux veille – et ce n'est que justice – sur quelque huit mille volumes soigneusement rangés et classés. Ce sont de grandes acryliques des années soixante et soixante-dix, mais aussi de remarquables huiles et encres, comme l'on aimerait en posséder.

sans titre
[11] Wifredo Lam : sans titre, 1974

Devant un rayonnage, un paravent de Marcheschi déploie ses feuilles noires. Une huile sur toile d'Eugène Leroy, accrochée à l'ébrasement large d'une fenêtre gothique, s'offre, au-dessus d'une table de lecture, à la lumière du midi.

Au loin, là où convergent les rayons chargés de livres, s'étire un large bureau. Est-ce ce plateau-là qui connut la naissance du Bord des Larmes ?

Pour réaliser ce qui fut un rêve et continuer d'écrire à l'abri des nuisances que provoque la ville, il fallait que Renaud Camus s'installât en un lieu aussi fort, aussi rude, aussi viril que peut l'être Plieux, et qu'il veillât de ses tours sur des paysages que l'on imagine volontiers aimés d'un Patinir ou d'un Poussin.

Du château ne pourront vous échapper ces vues majestueuses dont l'écrivain se fait tout autant le complice, le gardien, que le spectateur privilégié.

Ce n'est pas par hasard si c'est dans de l'architecture qu'il a choisi de vivre, et en particulier dans cette architecture rigoureuse et pensée comme l'est Roman Roi.

Il était bon qu'il s'occupât encore davantage d'art. En dévoilant à Plieux ces témoignages il offre en partage ce qu'il a de plus cher: la civilisation. Voir est pour lui un Art, à tout le moins un exercice, une pratique quotidienne qu'il propose librement à qui villégiature. Il est sûr qu'il saura ainsi réveiller chez certains – on les voudrait nombreux – de nouvelles régions de l'esprit.

Il sauve cette antique demeure qui devient grâce à lui un lieu d'épanouissement pour l'art, un terrain de rencontre lors des Devisées de Plieux, une arène où les esprits curieux des autres et d'eux-mêmes vent se confronter et se fortifier.

A cette entreprise d'éveil du désir et de l'œil s'associe depuis longtemps déjà l'Espace Ecureuil. C'est une chance pour Toulouse de le voir accueillir la collection permanente du château de Plieux. En quelques années, l'Espace s'est doté, à la force de ses choix, d'une légitime réputation auprès d'un très large public, et il devenu ce que l'on sait: l'un des lieux les plus animés et les plus visités de notre cité. Nous lui devons déjà de belles initiatives: de la monographie de Claude Viallat à celle de Vélickovic, de l'exposition des collections privées de la région à celle, parcours tramé, qui, proposant un état de la création, a vu sur ses murs nombre des plus remarqués des jeunes artistes français.

Vénus bleue
[13] Eugène Leroy : Vénus bleue, 1992

En une époque où tout semble plus difficile, la Caisse d'Epargne et Plieux deviennent des lieux incontournables de création et de dialogue qui savent réveiller chez certains – on les voudrait nombreux – de nouvelles régions de l'esprit.

Ils savent se distinguer par leur audace, leur engagement et leur rigueur. Ce n'est donc pas le hasard si leurs routes se croisent. Gageons que de cette rencontre cent fleurs s'épanouissent.

La curiosité des visiteurs de la place du Capitole, sera, j'en suis certain, stimulée à tel point, qu'une visite dans le Gers cet été, pour y découvrir l'exposition Boltanski, sera inévitable; et que le sera aussi le détour par Plieux pour y suivre l'exacte évolution de la collection qu'ils auront admirée à Toulouse. Et s'ils poussent plus avant leur intérêt pour l'écrivain, ils sauront que dans des domaines variés, lointains ou intimes, il écrive sur l'art, l'histoire ou bien la vie publique, qu'il analyse des phénomènes énigmatiques, peu visibles, Renaud Camus propose des visions clairement énoncées, qui les rendent – en une souveraine alliance des mots – immédiatement perceptibles.

Cet homme se livre peu, par courtoisie, par discrétion surtout, qualité libérale au premier chef comme il le dit si bien, qui consiste à ne rien imposer, surtout pas soi-même. Lui qui voit tant, il sait ne jamais blesser.

Sa manière de vivre – ce que j'en connais – me dit qu'il devine, sur les choses et les êtres, le souvenir sensible des instants qui précèdent. Il voit le pas des chiens dans la boue d'un automne, il se souvient de la lumière qui décroît sur Sorrente, et connaît les reflets du lac Noir d'Urbion. Il sait à Syracuse L'Ensevelissement de sainte Lucie.

Son goût pour les voyages et pour les nobles causes le conduit parfois à de rudes épreuves. Il sait les affronter en héros solitaire, qui poursuit l'aventure et revient à Plieux comme Ulysse à Ithaque, pour ourdir l'existence entre histoire et Histoire.

Éric Dupont
 

Liste des artistes et des œuvres
exposés à l'Espace Ecureuil

(Par ordre chronologique des artistes)

sans titre

sans titre
[15] Roland Barthes :
sans titre ("J'ai hâte"), 1974

Joan Mirò
Espagnol (de Catalogne)
Barcelone 1893 – Palma de Majorque 1983

1.
Renaud
Bronze, ex. 2/6, Paradella fondeur
41 × 17 × 4 cm
1970

2.
Personnage
Bronze, ex. 4/6, Paradella
126 × 50 × 28 cm
1981

A Plieux s'est tenue durant l'été 1996 une grande exposition Miró, les dernières années (peintures, sculptures, encres, 1968-1981). Outre les œuvres exposées place du Capitole figurent dans la collection du château deux grandes sculptures du maître catalan, Statue (1975) et Tête de Femme (1975).

Henri Michaux
Français, né belge
Namur 1899 – Paris 1984

3.
Sans titre
(noir et gris sur fond blanc)
Encre de Chine sur papier
32,5 × 50 cm
1957

4.
Sans titre
Acrylique sur papier
(bleu nuit et noir)
56 × 76 cm
c. 1970

5.
Sans titre
Aquarelle et pastel sur papier
(bleu, gris et rose)
38 × 28 cm
1973

Nu #16
[16] Karel Appel : Nu #16, 1994

6.
Sans titre
(formes grises sur fond gris)
Huile sur carton
22 × 14 cm
1976

7.
Sans titre
Encre de Chine sur papier
(noir sur blanc)
54,5 × 70 cm
1980

8.
Sans titre
(noir, bleu et gris)
Huile et encre sur carton
22 × 27 cm
1980

9.
Sans titre
Acrylique et encre sur papier
28 × 38 cm
1980-1981

10.
Sans titre
(gris et bleu avec figures noires)
Huile sur papier marouflé sur toile
24 × 33 cm
1983

L'Horizon de Toscane
[17] Karel Appel : L'Horizon de Toscane, 1995

Le château de Plieux détient de nombreuses autres encres et peintures d'Henri Michaux, qui constituent sans doute le plus important fonds de cet artiste dans une collection ouverte au public.

Wifredo Lam
Cubain
Sagua la Grande 1902 – Paris 1982

11.
Sans titre
Huile sur toile
146 × 198 cm
1974

12.
Sans titre
Gouache
61 × 47 cm
1964

Wifredo Lam est également représenté à Plieux par une très grande toile, Les Oiseaux blancs, et par une vaste composition abstraite de 1958, sur papier marouflé sur toile.

Croix encadrée
[20] Antoni Tàpies : Croix encadrée, 1989

Eugène Leroy
Français
Tourcoing 1910

13.
Vénus bleue
Huile sur toile
130 × 195 cm
1992

14.
Au Dehors
Huile sur toile
65 × 54 cm
1996

Eugène Leroy a fait l'objet d'une importante exposition à Plieux, de juillet à septembre 1994.

Roland Barthes
Français
Cherbourg 1915 – Paris 1980

15.
Sans titre
(“J'ai hâte”)
Crayons gras sur bristol format carte postale et envoyé comme tel
Texte manuscrit au revers
1974

La bibliothèque du château de Plieux contient de nombreux ouvrages de Roland Barthes avec envois de l'auteur, et conserve une abondante correspondance inédite.

Eloge aux mains, Spectra I et II
[22 & 23] Frederic Matys Thursz :
Eloge aux mains, Spectra I et II

Karel Appel
Néerlandais
Amsterdam 1921

16.
Nu #16
Huile sur toile
153 × 122 cm
1994

17.
L'Horizon de Toscane #23
Huile sur toile
200 × 260
1995

18.
La Naissance du paysage #1
Huile sur toile
140 × 200 cm
1996

19.
La Naissance du paysage #5
Huile sur toile
140 × 200
1996

Oriflamme pour la tour de Plieux
[24] Jannis Kounellis :
Oriflamme pour la tour de Plieux, 1995

Antoni Tàpies
Espagnol (de Catalogne)
Barcelone 1923

20.
Croix encadrée
Peinture sur toile
300,5 × 200 cm
1989

21.
Clair obscur
Technique mixte sur papier marouflé sur toile
152 × 148 cm
1989

On peut voir à Plieux plusieurs autres œuvres de grand format d'Antoni Tàpies, ainsi que deux petites sculptures, Archéologie II et III.

Robeson
[27] Richard Serra : Robeson, 1989

Frederic Matys Thursz
Américain, né allemand
Casablanca 1930 – New York 1992

22.
Éloge aux mains, Spectra I
Huile sur lin,
221 × 74 cm
1987-1990

23.
Éloge aux mains, Spectra II
Huile sur lin
221 × 74 cm
1987-1990

Frederic Matys Thursz est représenté à Plieux par deux autres toiles, Perhaps/Diary et Ashes and Dust, toile “tombeau”, dont la peinture renferme les cendres de H. Lünenborg. Une exposition rétrospective devrait lui être consacrée dans les années à venir.

Jannis Kounellis
Italien, né grec
Le Pirée 1936

24.
Oriflamme pour la tour de Plieux
Acrylique sur toile
195 × 130
1995

Adonaï: anonyme
[30] Juliette Vles :
Adonaï: anonyme, 1996

25.
Croix noire sur fond blanc
(étude préparatoire pour l'oriflamme de Plieux)
Crayon gras sur papier
14,5 × 21 cm
1995

26.
Sans titre
(motif floral)
Crayon gras sur papier
14,5 × 21 cm
1995

Jannis Kounellis, en résidence à Plieux durant l'été de 1995, y a réalisé plusieurs “installations” qui firent l'objet d'une exposition ouverte au public de juillet à septembre de cette année-là. Le château possède de lui, outre l'oriflamme déchiquetée par le vent, un certain nombre de dessins, plusieurs d'entre eux relatifs à un projet de monument pour le jardin, Sculptura per l'inverno. Trois grandes sculptures récentes sont exposées dans la salle dite “de l'Hiver” (du nom des grandes toiles noires de James Brown, catalogue 33 et 34).

Richard Serra
Américain
San Francisco 1939

27.
Robeson
gravure, ex. 7/15
260 × 170 cm
1989

La Sciarra
[31] Jean-Paul Marcheschi :
La Sciarra, 1984

La collection de Plieux comprend deux autres grandes gravures monochromes noires de Richard Serra.

Jullet Vles
Helvétique, née hollandaise
Rotterdam 1950

28.
Balance
Bois et fil de fer
56 × 60 × 20 cm
1995

29.
Lux
Technique mixte sur toile
125 × 159 cm
1996

30.
Adonaï: anonyme
Technique mixte sur toile
80 × 115 cm
1996

Juliet Vles vit et travaille dans le département du Gers. A l'automne de 1996, son œuvre a fait l'objet d'une vaste exposition au château de Lavardens. Plusieurs autres de ses peintures sont accrochées à Plieux.

La Salle des Vents
Jean-Paul Marcheschi :
La Salle des Vents
in memoriam Maurice Wermès, 1995

Jean-Paul Marcheschi
Français
Bastia 1951

31.
La Sciarra
(Stromboli, septembre 1984)
Carbone, cire et suie sur papier
50 × 65 cm
1984.

32.
Les Etats du feu
Notes d'un peintre
Exemplaire de tête
Dessins originaux à la flamme
30 × 44 cm (ouvert)
1994

33.
Instans
Livre d'artiste
Poèmes d'Antoine Graziani
Dessins originaux à la flamme
29 × 46 cm (ouvert)
1994

Black salt (Winter) 1
[35] James Brown :
Black salt (Winter) 1, 1990

34.
Les Nuits de Crète (détail)
Carbone, cire, suie, encre et pastel sur papier
1200 × 360 cm.
1996

La première exposition de Plieux, Graal-Plieux, en 1993, était consacrée à Jean-Paul Marcheschi. En 1995, l'artiste a réalisé au deuxième étage du château la Salle des Vents, où plusieurs très vastes compositions, dont La Carte des Vents (460 × 750 cm), entourent La Barque des Ombres, sculpture de verre et de bois, avec dépôt de suie. Plieux possède le plus vaste ensemble répertorié d'œuvres de Jean-Paul Marcheschi.

James Brown
Américain
Los Angeles 1951

35.
Black salt (Winter) 1
Huile sur toile
282 × 198 cm
1990

36.
Black salt (Winter) 2
Huile sur toile
276 × 205 cm
1990

37.
Stabat Mater Black III
Grès émaillé
57 × 63 × 34 cm
1988

sans titre
[38 & 39] Florence Valay :
sans titre, 1986

L'œuvre de James Brown est très abondamment représentée au château de Plieux, en particulier par des toiles de très grandes dimensions.

Florence Valay
Française
Paris 1955

38.
Sans titre
Cadmium sur papier
55 × 40 cm
1987

39.
Sans titre
Cadmium sur papier
51 × 40 cm
1987

Dal Possibile al Necessario
[40] Oliviero Rainaldi :
Dal Possibile al Necessario, 1987

Oliviero Rainaldi
Italien
Palestrina 1956

40.
Dal Possibile al Necessario
Fer sur bois
41 × 31 cm
1987

 

Réagir à ce document.