Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Catalogues d’exposition
Date Février 1983
Titre Catalogue de l’exposition Irmgard Sigg à Villeparisis
Couverture

Villeparisis
Le Centre d'action culturelle Jacques-Prévert présente
du 15 février au 25 mars 1983

IRMGARD SIGG

Espace Arts plastiques : responsable Jacques Guillot.
Ouverture les mer., sam. et dim. de 14h à 19h.
Les mar., jeu., ven. et sam. matin réservés aux établissements scolaires.
Centre d'action culturelle Jacques-Prévert, Place de Pietrasanta
Téléphone : 427 94 99.

Péril du saut

Arches III
Arches III

-

Passage
Passage

Tremplin II
Tremplin II

-

-

Jetée
Jetée
Bois, 1982
75 × 450 × 300

Engloutie
Engloutie
Bois, 1982
170 × 370 × 250

Pier 42
Pier 42
Bois et zinc, 1982
280 × 370 × 400

Tranchée dallée
Tranchée dallée
Mine de plomb, 1981
65 × 50

-

Passage ramifié
Passage ramifié
Bronze, 1982
25 × 24 × 23

Travaux de César devant Alésia
Travaux de César devant Alésia
Mine de plomb, 1982, 65 × 50

Château de non-lieu
Château de non-lieu
Béton et acier, 1980
Parc de la plaine de Neauphle
Saint-Quentin-en-Yvelines

J'entends à travers vous quel dialogue elle tente
Avec les chiens, avec l'informe nautonnier…
Yves Bonnefoy

Irmgard Sigg m'envoie une carte postale. C'est la reproduction d'une photographie ancienne, américaine, œuvre de Henry Hamilton Bennett: Leaping the Chasm at Stand Rock, Wisconsin Dells, 1887. On y voit un homme se détachant sur le ciel, en plein saut. Il vient d'un rocher en surplomb, promontoire d'une falaise crevassée, à droite. Il va vers l'étroit plateau que supporte, socle ruiné, une formation géologique étrange, très haute, élancée, rongée par le temps.

Cette image, d'emblée, me subjugue. La photographie est superbe, mais ma fascination n'est pas purement esthétique. Je m'inquiète pour le sauteur. Sans doute va-t-il réussir le saut qui nous est montré, mais, une fois sur cette table au pied raviné, peut-être branlante, comment reviendra-t-il ? Lui offrira-t-elle suffisamment d'élan ? Tiendra-t-elle même sous son poids, alors qu'elle ne repose, et précairement, que sur cette cheminée si haute et si frêle ?

Le jour d'octobre où je reçois cette carte postale, avec la proposition d'écrire « un texte pour le catalogue, pas nécessairement une préface à proprement parler », est annoncée, à la radio, la mort de King Vidor. Le premier titre d'un film de lui qui me vienne à l'esprit, c'est Le Grand Passage.

Une ou deux semaines plus tard, le 2 novembre, jour des Morts, je regarde distraitement, le soir, la télévision. J'aperçois une femme que le commentaire, d'abord sans la nommer, nous dit être un sculpteur. Elle marche devant des parois vitrées, le long d'un passage pavé qui mène à son atelier. A un ami qui est à côté de moi, et qui sait que j'ai ces temps-là cette artiste dans l'esprit, je dis en matière de plaisanterie : « C'est Irmgard Sigg », que je n'ai jamais rencontrée et dont je n'ai, même, jamais vu la photographie. Or c'est effectivement Irmgard Sigg.

Mais j'en reviens à la carte postale. Chasm, en anglais, conformément à l'étymologie grecque Χασμα, signifie gouffre, crevasse, abîme. Le Grand Larousse Encyclopédique, erreur qui ouvre un précipice dans ma confiance en lui, indique que le mot français chiasme, désignant une double antithèse aux termes inversés, viendrait du grec Χιασμα, ce qui n'est pas tout à fait exact, qui voudrait dire gouffre, ce qui est tout à fait faux. Le chiasme, la figure de style, a pour étymologie Χιασμσς disposition en croix. Le mot Χιασμα, uniquement pluriel et d'un emploi rare, désigne des « poutres se croisant dans une charpente ». Où nous nous rapprochons d'Irmgard Sigg.

Mais nous ne l'avons jamais quittée. Car dans la photographie qui me captive, et qu'elle m'a envoyée sans doute parce qu'elle lui plaisait, et sans y attacher, probablement, de sens particulier, je vois deux motifs qui me semblent essentiels à ce que je connais de son art : le passage (presque toujours difficile, périlleux, ou même impossible) et l'effritement (ou ce qu'il présage, l'effondrement, l'engloutissement).

Trois œuvres d'Irmgard Sigg au moins ont dans leur titre le mot passage. Passage raturé, installé dans un jardin lyonnais, y a subi, cruelle ironie d'un sort menaçant et comme souvent très attaché à la lettre, l'ultime rature: des vandales l'ont détruit. Passage protégé suggère assez clairement quelque danger. Passage, mon préféré, est ici exposé.

Quelques planches, inégales et qu'on dirait peu sûres, s'agitent en vagues irrégulières entre six bâtons dressés, affilés comme le pieu qu'Ulysse, dont le nom, alors, est Personne, va enfoncer dans l'œil du Cyclope. Ma lecture-écriture de l'œuvre d'Irmgard Sigg, outre que fort subjective et aussi éloignée que possible du souci de donner, sur l'artiste, un fatal « dernier mot », m'étonne moi-même par sa littéralité et par son attachement,s'agissant d'un travail qui n'est peut-être pas au premier chef figuratif, à la figuration et, sinon au sens, à l'image. Les combles du musée d'Agen recèlent une toile de Caillebotte qui s'appelle, me semble-t-il, Le Plongeon. Un homme en maillot rayé, debout à l'extrémité d'un ponton de planches, se prépare à sauter vers un étang étonnement sombre, apparemment ceint, et en tout cas dans mon souvenir embrumé, de nuit obscure. L'eau noire où il va s'engouffrer est assez semblable à celle qu'on remarque sur les photographies que fait Irmgard Sigg de ses propres sculptures: au lac, par exemple, que paraît enjamber, ou tenter d'enjamber, Arches III, pont suspendu de cauchemar, dont chacune des bretelles s'élève vertigineusement dans le ciel, de plus en plus étroite, de plus en plus précaire, se tendant vers son double, mais en vain, car elle ne le rejoint pas; ce pont maudit du voyageur perdu exige un saut, par-delà « un rectangle de lourde mort sous le ciel noir » (Bonnefoy encore, in Hier régnant désert).

Autour de la sculpture photographiée et du lac qu'elle domine, le paysage est désolé, lunaire: des étendues mornes et glaciales s'étirent sans empressement vers des collines crépusculaires. Un paysage du même genre se voit alentour de Tremplin II. Mais je parle ici, plutôt que des sculptures mêmes, des photographies qu'en fait Irmgard Sigg, et qui me paraissent très belles. L'espace qu'elle montre là est une illusion. j'ai vu dans son atelier ce que saisissait, en fait, son objectif: la maquette d'une de ses œuvres, un peu d'eau noire, un peu de terre lourde. Une voix insinue que Leaping the Chasm at Stand Rock pourrait n'être qu'un montage. Bien entendu, je n'en veux rien croire.

Irmgard Sigg enfant, en Allemagne, pendant la guerre, a eu dans son jardin, des semaines durant, une bombe inéclatée. Les artificiers de la ville, très occupés, se faisaient attendre.

Dans son studio; aujourd'hui, elle a épinglé au mur, très discrètement, l'image journalistique d'une grande cité bombardée. Bizarrement, il ne s'agit ni de Berlin ni de Dresde ou de Dusseldorf, mais de Londres.

Puis leur pas dans le musée étrusque désert (à Volterra). Les salles sont consacrées chacune à une façon différente de gagner le pays de la mort, selon les motifs sculptés au flanc des sépultures sans nombre, sur plusieurs niveaux alignées. Il verrait bien là une exposition des œuvres d'Irmgard Sigg. A moins que ne soient préférables, encore, les entrepôts abandonnés du pier 42, à New York, à demi écroulés, rongés par l'eau croupissante de l'Hudson. D'ailleurs, preuve absolue de leur adéquation parfaite à ce projet, ils viennent d'être, comme le laissait prévoir cette histoire, complètement démolis. Il n'en reste rien.

C'est donc ici, et tant mieux, que les sculptures d'Irmgard Sigg dressent leur défi, sur la splendeur wagnérienne de son nom.

Renaud Camus
 

Irmgard Sigg

Née en 1934 à Bielefeld, Allemagne

Études de violon au Conservatoire national de Musique de Paris
Études à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris – Atelier Collamarini (1962-1968)

Principales expositions collectives

1967-1981 : Salon de la Jeune Sculpture, Paris

1972-1982 : Salon de Mai, Paris

1973-1978 : Salon Grands et Jeunes d'Aujourd'hui, Paris.

1973 : Une Certaine Figuration, Galerie de l'Université, Paris

1974 : Ni Fleurs, ni couronnes, Galerie Philippe Demay, Paris

1974 : Les Parentés Imaginaires, Maison de la Culture et des Loisirs, Saint-Étienne

1975 : La Sculpture peut être inquiétante aussi, Galerie de l'Université, Paris

1976 : Festival de la Sculpture, Centre Culturel de Villeparisis

1977 : Travaux sur Papier et Objets, Centre Culturel de Villeparisis

1978 : Matériaux cuits dans la Sculpture, Chapelle de la Villedieu

1978 : Face à Femmes, Maison de la Culture du Havre

1978 : Triennale Européenne de Sculpture, Paris

1978 : Groupe Espasme, Centre Culturel Pablo Neruda, Corbeil-Essonne

1979 : Groupe Espasme, Galerie Art Shop, Bâle

1979 : Territoires, Groupe Espasme, Corbeil-Essonne

1979 : Fondation nationale des Arts graphiques et plastiques, rue Berryer, Paris

1979 : Sculptures d'Elles, Fleurs et Au-Delà, Ivry-sur-Seine

1979 : Sculptures-Paysages, Galerie de l'Université, Paris

1980 : Exposition dans le cadre du IIe Symposium, Lyon

1981 : Lieux de l'Imaginaire, Ivry-Vitry

1981 : Biennale de la petite sculpture, Budapest

1982 : Symposium de Caen

1982 : Salon de Montrouge

Expositions personnelles

1973 : Galerie Charley Chevalier, Paris

1981 : Galerie Darthea Speyer, Paris

1983 : Centre Culturel de Villeparisis

Réalisations

1977 : Bobigny

1977 : Édition d'une sculpture par les Cristalleries Daum

1981 : Saint-Quentin en Yvelines

Prix

1977 : Jeune sculpture

1982 : Montrouge

 
Vallée des jardins
Projet pour le Symposium 1982 à Caen, Vallée des jardins
Brique et bois, 500 × 6000 × 80 (projet non réalisé)

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