Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Le Monde
Date 30/03/1979
à propos de Tricks
Titre L’enfer, c’est les autres
Auteur Bertrand Poirot-Delpech

[…]

L'indéfinissable serait-il contagieux ? Parler de littérature érotique sans savoir ce que veut dire "érotique", c'est poser l'antique question : qu'est-ce que c'est que la littérature ?

Un livre comme Tricks, de Renaud Camus, aide à… ne pas répondre. L'auteur, qui signe aussi Duparc, est connu pour s'intéresser aux mots plus qu'aux choses, qu'à « la » chose. L'analyse que Georges Raillard donne, ci-dessous, de son dernier roman suffit à suggérer que Travers, après Passage et Échange, ne relève pas précisément du reportage rudimentaire.

Or Tricks s'y apparente. Comme le titre l'indique aux anglophones et aux connaisseurs, il s'agit d'aventures sexuelles, entre inconnus et sans lendemain, dans des endroits spécialisés du monde entier. A titre documentaire, toutes les « dragues » d'un même mois, au total quatorze, ont été réunies. Les autres résultent d'un choix.

Qu'elles se passent à Los Angeles, aux Tuileries ou derrière Notre-Dame, sur fond de Requiem ou de résultats électoraux à la télévision, toutes ces brèves rencontres se ressemblent jusqu'à ne laisser qu'un seul souvenir. Le désir et le plaisir apparaissent dans tout leur ressassement.

Cet effet de monotonie est intentionnel. L'auteur s'est refusé le moindre fantasme, recul intellectuel ou tremblement de style. L'écriture se veut procès-verbal de police, description anatomique ; on dirait parfois : compte-rendu d'autopsie. Tout au plus sent-on passer, dans ces attouchements anonymes, un mélange de tranquillité et de bienveillance à fonds perdus.

Est-ce pour autant de la littérature ? Dans une préface, Roland Barthes l'assure. Bien qu'il se défende d'exercer le moindre pouvoir, une telle affirmation, venant de lui, vaut actuellement brevet. Entre autres motifs, il invoque que ces amours lui suggèrent, par métaphore, d'autres relations. Bataille, déjà, fondait son goût des récits érotiques, dans l'Anus solaire, sur l'impression que « chaque chose est la parodie d'une autre ».

Preuve qu'à la limite le lecteur peut prendre plaisir à tout, avec un minimum d'érudition, et qu'en littérature comme en amour le meilleur, c'est ce qu'on apporte.


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