Photo © Renaud Camus
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Paru dans Revue Arcadie
Date Juin 1979
à propos de Tricks
Auteurs Floréal Duran et Pierre Nouveau
Paru dans le n°  306

Il est des livres qui marquent par la sensibilité, la poésie et la douceur qui se dégagent du texte. Les trente-trois récits qui forment Tricks dérangent et choquent par leur âpreté. Ici il ne faut surtout pas s'attendre à une trame romanesque mais seulement à une suite d'aventures sans lendemains dont l'unique héros en est l'auteur lui-même. Renaud Camus nous conte ses multiples aventures (homo)sexuelles dans certains endroits spécialisés et plus particulièrement au Manhatann. Point de sentiments ! Place à la nouvelle littérature dite “virile”, celle du cuir et du blue-jeans. Si l'avertissement de l'éditeur stipule qu'il ne s'agit en aucun cas ni d'un livre pornographique ni d'une œuvre érotique je n'en pense pas moins le contraire. J'ajouterai même que le mauvais goût y profuse. Les mots voulant dire ce qu'ils veulent dire aucun détour de langage ne semble possible. Un “cul” est toujours un “cul” et j'en passe encore car l'auteur se complaît à décrire ses expérience extra-sexuelles. Nous pourrions tous narrer nos diverses rencontres. Pour certains elles finissent souvent au creux d'un lit. En près de trois cent cinquante pages Renaud Camus ne sait démontrer que cela et rien d'autre. Le contact humain se limiterait-il à un simple acte sexuel ? Où se cache l'amour dans tout cela ? Je veux parler du vrai amour, celui du cœur. Les hommes seraient-ils dépourvus de toute personnalité, de toute sensibilité ? La clientèle des nightclubs ne reluit pas d'un intérêt particulier. Néanmoins, pour ma part, je me refuse de croire que ce petit monde de la nuit ne se repaît exclusivement de sexe et de plaisirs charnels. Je crois qu'il s'agit d'une erreur fondamentale de présenter l'homosexualité et les homosexuels sous un angle aussi limité. Après le cliché de la “folle délurée” voici qu'un nouveau stéréotype d'homophile est créé : celui du “Macho Man”, du “super-viril” au torse abondamment velu et portant barbe ou moustache. Adieux La cage aux folles ! Même si je réprouve l'aspect caricatural de la pièce et du film les protagonistes ont au moins le mérite d'être plus attachants que M. Camus et ses conquêtes. Ces derniers sont superficiels et dénués de tout intérêt, la banalité et la pauvreté des dialogues le montrent bien. Les aventures se suivent et se ressemblent… En trente pages tout est lu et relu ! Quant au parler cru je préfère encore et de loin celui de Tony Duvert car il conserve une certaine poésie. Dans Tricks il fait figure de vulgarité.

Reconnaissons tout de même un mérite à cet ouvrage. Il s'agit de la préface de Roland Barthes dont je me contenterai de citer deux extraits : « L'homosexualité choque moins, mais elle continue à intéresser ; elle en est à ce stade d'excitation où elle provoque ce que l'on pourrait appeler des prouesses de discours. Parler d'elle permet à ceux – qui n'en sont pas – de se montrer ouverts, libéraux, modernes et à ceux “qui en sont” de témoigner, de revendiquer, de militer… » Et plus loin il ajoute : « Pourtant se proclamer quelque chose, c'est toujours parler sous l'instance d'un Autre vengeur, entrer dans son discours, discuter avec lui, lui demander une parcelle d'identité : “Vous êtes… – Oui, je suis…” Au fond peu importe l'attribut ; ce que la société ne tolèrerait pas c'est que je suis rien, ou, pour être plus précis, que le quelque chose que je suis soit donné ouvertement pour passager, révocable, insignifiant, inessentiel, en un mot impertinent. Dites seulement “Je suis” et vous serez socialement sauvé. » Ces quelques lignes valent bien mieux que tout le livre. Voilà de quoi faire méditer bien des homophiles !


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