Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Le Figaro
Date 13/04/2000
à propos de Répertoire des délicatesses du français contemporain
Titre Le livre des délicatesses
Auteur Claude Duneton
  Le Figaro, n°17316
Le Figaro littéraire

L’aimable livre que le livre des délicatesses du français contemporain ! Un ouvrage d’une élégante complexité, qui parle de notre langue, de ses abandons, de ses richesses passées, dans un style si clair, si élégant, qu’on trouve du plaisir au récit même de ses défaites.

« Par délicatesses écrit l’auteur, Renaud Camus, on doit entendre ici, bien entendu, subtilités, et de préférence agréables : finesses, élégances, raffinements. Mais on ne peut pas ne pas entendre aussi, et peut-être surtout, délicates questions, points sensibles, occasions de débats, peut-être même de disputes. » Rien n’est plus vrai ! L’auteur y parcourt de temps en temps des champs minés, et il se montre si peu démagogue qu’il y défend sans retenue, ouvertement, sans la moindre papelardise, la notion d’élite, sujet de tant d’abominations politiquement correctes.

Je suppose même que je devrais être fâché par certains propos de M. Camus, car je ne cours pas tout à fait les mêmes lièvres que lui. J’ai soutenu ici, récemment, sur l’adjectif conséquent et son refus, non justifié d’un point de vue grammatical, par un « bon usage » qui me semble abusif, une opinion on ne peut plus contraire à la sienne.

Pourtant les points de désaccord ne font qu’ajouter du piment à une lecture où je rencontre bien des sujets de réjouissance. L’auteur affirme sagement : « La langue, malgré tous les efforts des grammairiens, n’obéit pas à la bonne logique. Son existence est pleine d’aléas, de foucades, de malentendus, de détournements de sens, de luttes pour le pouvoir et pour la différence. » Il conclut avec cet humour distingué qui traverse tout ce répertoire, au sujet d’une pertinente analyse de de suite : « Tout de suite est reçu partout, de suite est consigné « au rang de parler concierge » (Grevisse). C’est parfaitement injuste, pour de suite et pour les concierges. Mais il y a de moins en moins de concierges, et elles ne sont pas près de revenir. »

Mais ce qui ajoute beaucoup de crédit aux propos de Renaud Camus, c’est qu’il n’est pas enfermé dans une bulle de passéisme. Contrairement aux écrits de nombreux observateurs tirant vers le purisme, son livre montre qu’il sait parfaitement ce qui se parle aujourd’hui. Il est capable de tous les registres, et il en joue avec une certaine délectation boudeuse par exemple sur cette constatation si caractéristique de la « fracture » du français actuel : « Les adolescents éprouvent de moins en moins le besoin d’adapter leurs propos et leur vocabulaire à leurs interlocuteurs successifs […] Elle est chiante, cette prof, c’est pas croyable ! dit très naturellement une jeune fille à table, lors d’un dîner très rêveuse bourgeoisie, à ses parents et à leurs invités ne s’étonnent que les convives qui eux n’ont pas d’enfants, sans doute. »

Au fond, je crois que j’ai aimé ce « répertoire » à cause de mes propres faiblesses. Moi aussi j’ai du plaisir à rendre à formidable, si je l’emploie, « une obstinée nuance d’effroi », et à scabreux, quand je peux, une once de péril… La réalité est que le livre est si bien écrit, avec tant de crânerie dans un monde si platement soumis à « l’idéologie du sympa », que même nos divergences d’idées me mettent de belle humeur. Loin de l’agacement borné de certains puristes dont l’intransigeance hautaine cache mal un besoin d’autorité douteux et souvent une absence de réflexion réelle , Renaud Camus promène son lecteur parmi les beautés du langage et lui indique avec amour les raffinements qui s’érodent, les joliesses en péril. Il sait parfaitement glisser entre les traits ironiques de charmants soupirs, une nostalgie voilée, avec parfois des pointes de colère élégamment contenues. Un ouvrage que les lecteurs du Figaro devraient aimer offrir à leurs amis. Ce livre des délicatesses est celui d’un certain plaisir des mots.


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