Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Le Monde
Date 10/07/2004
à propos de La dictature de la petite bourgeoisie
Titre France-Culture doit s’ancrer dans l’actualité
Auteurs Laure Adler, Martine Delahaye et Yves-Marie Labé
  Renaud Camus fait référence à cet entretien à la page 34.

Dans un entretien au Monde, Laure Adler, directrice de France-Culture, s’exprime sur sa politique de rentrée, le rôle du direct, la place du documentaire et de la fiction, les nouvelles radios en préparation sur Internet et le satellite. Pour elle, la station doit être un « chantier intellectuel permanent »

En ouverture de la grille d’été de France-Culture, vous indiquez que ce sera « l’été de tous les dangers ». C’est-à-dire ?

L’été risque d’être chaud, politiquement, notamment aux États-Unis. France-Culture devra donc en rendre compte dans ses journaux, quitte à bousculer sa grille. Parce qu’elle est une radio généraliste, cette chaîne doit s’ancrer pleinement dans l’actualité, avec une rédaction et des programmes prêts à réagir, maintenant qu’ils ont appris à travailler ensemble. Les auditeurs ne doivent pas avoir besoin d’aller vers les radios d’info. L’enjeu est de prouver que France-Culture est une radio comme les autres, avec bien sûr sa spécificité : approfondir l’actualité européenne, internationale et française, et amener l’auditeur à apprendre et à comprendre grâce au décryptage d’intellectuels, d’acteurs sociaux, de chercheurs du CNRS, de Sciences-Po…

L’actualité est donc au coeur des missions de France-Culture ?

C’est ce que souhaitent les auditeurs, selon des études menées à Radio-France. Ils sont très intéressés par l’actualité au sens large, et nous le font savoir chaque jour. D’ailleurs, depuis deux ans, ce sont les trois émissions quotidiennes d’actualité – Les Matins de France-Culture (7-9 heures), Tout arrive (de 12 à 14 heures à partir de la rentrée) et Travaux publics (18h30-19 heures) – qui ont boosté l’audience. Nous en ajouterons deux autres à la rentrée, entre 10 heures et midi et entre 20h30 et 22 heures. De patrimoniale, notre programmation est devenue réactive ; c’est une sorte de « chantier intellectuel permanent » qui concerne tout un chacun. Même s’il nous reste encore un nouveau public à séduire.

L’audience est-elle une priorité ?

Ni l’ancien PDG de Radio-France, Jean-Marie Cavada, ni le nouveau, Jean-Paul Cluzel, ne m’ont demandé d’augmenter l’audience.

Quel est le profil de l’auditeur-type de la station ?

C’est un cadre de 30 à 50 ans, urbain, qui achète au moins deux journaux par jour, va au cinéma. Elle ou il est avide d’information, de décryptage des événements de l’actualité. Et, contrairement aux idées reçues, le noyau dur des auditeurs – ceux qui nous écoutent en continu – ne représente que 10% ; le reste butine entre France-Inter, France-Info ou Europe 1. Nous avons la chance d’être écoutés par les auditeurs les plus intelligents qui soient, mais aussi les plus exigeants. C’est pour cela que mon seul juge, mon seul interlocuteur, ma seule référence, ce sont les auditeurs. Nous sommes à leur seul service. Mon modèle, si tant est qu’on en ait un, c’est Radio France Internationale (RFI), où j’ai travaillé plus de trois ans. Décryptage de l’actualité, souffle international, interactivité, RFI fait ça tous les jours.

Mais RFI est une radio d’information !

Et nous une RFI culturelle ! Ouverte aux vents du monde. Le public s’est beaucoup renouvelé. Avec le doublement de l’audience de France-Culture (passée à 1,4%, soit près de 750 000 auditeurs par jour), la demande n’est plus la même qu’auparavant. Nous devons répondre aux besoins nouveaux qui s’expriment, à la demande de décrypter un monde de plus en plus complexe. Tout en conservant, bien sûr, les émissions plus culturelles qui approfondissent chaque champ disciplinaire. Mais, là encore, la culture a changé…

Est-ce vraiment la « culture » qui a changé, ou la demande ?

La vision de la culture a énormément évolué. La culture, ce n’est plus le patrimoine. C’est l’interrogation de soi-même, une certaine citoyenneté, une manière de s’ouvrir au monde.

Quelle est votre vision de cette « RFI culturelle » que doit être France-Culture ?

RFI a des formats de vingt minutes. Sur France-Culture, les émissions peuvent être de véritables odyssées, durer des jours ou des nuits. Notre arme absolue, c’est le temps. Cela, personne ne pourra nous l’enlever. Et puis la grille de France-Culture s’écoute selon des rythmes différents. Il y a celui des quotidiennes, qui réagissent à leur façon à l’actualité. Mais, au moment où se pose la question du voile, par exemple, je demande aussi aux producteurs d’émissions hebdomadaires de se fédérer autour de cette question. Enfin, si nous décidons de consacrer une semaine, un week-end ou des nuits entières à Franz Kafka ou à Paul Ricoeur, nous le faisons. Ces rythmes doivent s’interpénétrer et travailler ensemble.

Mais ne s’oriente-t-on pas vers le « tout-direct » ?

Il n’y a que du direct, sur France-Culture ! C’est précisé sur les contrats d’engagement que je signe chaque année avec les producteurs : depuis deux ans, j’exige qu’ils soient tous en direct. Le minimum, c’est d’être avec l’auditeur au moment où l’émission commence et se termine. La radio, c’est d’abord et avant tout du direct. Mais présenter une émission en direct ne veut pas dire que toute l’émission sera réalisée en direct. Le producteur peut être à l’antenne et lancer une bande magnétique très « écrite » ou un CD très élaboré qui aura nécessité plusieurs mois de travail ! Pour autant, la plupart des émissions, construites sur des entretiens, n’exigent en rien d’être préenregistrées. C’est un combat d’arrière-garde que de défendre le contraire.

Mais un entretien en direct oblige à n’avoir pour invités que ceux qui sont disponibles, à l’heure dite, et à Paris.

Pas du tout ! Il existe des milliers d’intellectuels, d’experts, de chercheurs, en France et en Europe, qu’on ne fait jamais parler. A nous d’aller vers ces têtes chercheuses, de les faire découvrir. Et encore une fois, rien n’interdit de les enregistrer, par avance, là où ils sont ou quand ils passent à Paris. Seul le documentaire suppose d’être enregistré, parfois longtemps à l’avance. Trop peu de gens savent que France-Culture reste la seule radio au monde à pouvoir encore produire du documentaire. Les autres pays n’ont plus les moyens d’en fabriquer. Nous, pour diffuser douze heures par semaine de documentaire, nous y consacrons un tiers de notre budget.

Il y aura pourtant de moins en moins de documentaires ?

Non ! Il y a de plus en plus d’espaces réservés au documentaire ! Y compris dans la grille de rentrée ! Ca m’agace, ces bruits de couloir totalement faux que colportent quelques personnes ! Ces personnes qui m’ont prise en otage, qui sont capables de m’insulter via des tracts syndicaux depuis six ans, et qui se sont battues pour que des auditeurs ne puissent pas écouter France-Culture ! Je n’en peux plus de ces critiques mensongères et infondées ! Si France-Culture peut continuer à exister, c’est à l’unique condition d’augmenter sa différence.

Mais n’est-ce pas la création documentaire et la fiction qui singularisent France-Culture ?

Pas du tout. Tout simplement parce que ce n’est pas ou peu écouté ! Je le répète : les auditeurs viennent sur France-Culture pour l’approfondissement de l’actualité qu’elle propose dans les plages quotidiennes, pour entendre des intellectuels, des syndicalistes ou des politiques problématiser et expliquer la vie sociale et politique. Pour l’ouverture aux débats contemporains comme l’Europe, que nous allons amplifier à la rentrée. C’est pour cela, par exemple, que nous avons demandé à Valéry Giscard d’Estaing de nous expliquer ce que c’est que l’Europe, une fois par mois à partir de septembre.

Ces choix ne vont-ils pas réduire le nombre de producteurs d’émissions, à la rentrée, d’où leur inquiétude et les assemblées générales qu’ils organisent ces jours-ci ?

Il y aura moins de producteurs dits « tournants », c’est-à-dire ne travaillant pas en continu pour la chaîne. Les études montrent que les émissions dont les thématiques et les producteurs changent toutes les semaines sont les moins écoutées. Notre volonté étant de fidéliser les auditeurs, nous en avons donc tiré les conséquences pour la grille de rentrée. Même chose pour les émissions de format très court, qui coûtent cher et n’amènent pas de nouveaux auditeurs.

Prenons l’exemple des Décraqués. L’émission a une identité et fédère un public fervent. Pourquoi la supprimer ?

C’est vrai que l’équipe qui fait les Décraqués, le midi en semaine, et Des papous dans la tête, le dimanche, donne ses lettres de créativité à France-Culture depuis des années. Mais plutôt qu’un petit format tous les jours qui ne fidélise pas, mieux vaut un seul format, plus étoffé, le dimanche ; charge à nous ensuite de mieux le faire connaître.

Comme les autres émissions qui disparaissent à la rentrée, ce n’est pas l’émission qui est en cause, mais la volonté d’appliquer une règle grammaticale élémentaire de la radio : donner rendez-vous à l’auditeur chaque jour à la même heure avec la même personne.

Vous prévoyez aussi de créer deux nouvelles radios, sur Internet puis via le satellite ?

A court terme, la radio est amenée à évoluer. L’avenir est aux nouveaux supports et à de nouveaux publics. Nous lancerons donc deux nouvelles radios sur Internet en octobre, puis sur satellite. Ce seront des « bébés France-Culture », avec un éditorialiste pour chaque radio : l’une, intitulée Les Sentiers de la création, sera dévolue au monde artistique ; l’autre, Les Chemins de la connaissance, relèvera de l’université populaire. France-Culture assumera alors un nouveau rôle, opérateur culturel de service public, en diffusant le patrimoine de nombreuses institutions françaises (colloques de la Bibliothèque de France, de fondations, etc.) qui ne sont pas à la disposition du public actuellement. Nous créons ces radios à budget constant, mais à terme, cela dégagera de l’argent pour mieux payer les intermittents que sont les producteurs de documentaires.


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