Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Libération
Date 21/04/2000
Titre «La Campagne de France» retiré des librairies
Auteur Claire Devarrieux

Les propos de Renaud Camus, dans son « Journal 1994 », sur les « collaborateurs juifs » de l'émission « Panorama » à France Culture suscitent une vive émotion.

Les éditions Fayard ont décidé jeudi de retirer de la vente la Campagne de France, le tome du « Journal 1994 » de Renaud Camus, à cause des « propos extrêmement dangereux » qu'il contient. L'auteur écrit que les « collaborateurs juifs du Panorama de France Culture » sont en « nette surreprésentation d'un groupe ethnique ou religieux donné ; d'autre part, ils font en sorte qu'une émission par semaine au moins soit consacrée à la culture juive, à la religion juive, à des écrivains juifs, à l'Etat d'Israël et à sa politique, à la vie des juifs en France et de par le monde, aujourd'hui ou à travers les siècles. C'est quelquefois très intéressant, quelquefois non ; mais c'est surtout un peu agaçant, à la longue, par défaut d'équilibre ». La polémique s'amplifie.

L'auteur de la Campagne de France, à qui nous avons consacré l'« ouverture » du cahier Livres du 13 avril (et de nombreux articles par le passé), a été dès ses débuts, dans les années 70, un provocateur. Il s'est toujours affirmé ultraélitiste, aristocrate dans l'âme et, depuis peu, conservateur. Néanmoins, c'est un écrivain d'avant-garde. Il fait tout pour se rendre le plus antipathique possible, il y parvient et on le lit pourtant, ce n'est pas le moindre de ses paradoxes.

« Vive indignation ». Après Laure Adler, directrice de France Culture, qui a manifesté la « plus vive indignation », Jean-Marie Cavada, PDG de Radio France, a « décidé d'engager des poursuites judiciaires ». Il condamne « ces écrits qui, outre la provocation à la discrimination, tendent à établir une ségrégation à caractère racial ou religieux entre les collaborateurs de la station France Culture. Ces écrits diffamatoires portent gravement atteinte à l'honneur, au professionnalisme et à l'honnêteté intellectuelle de tout le personnel de l'entreprise publique de radio ».

Catherine Tasca, la ministre de la Culture, leur a apporté son soutien, déclarant les propos de Renaud Camus « non seulement choquants mais profondément inquiétants par les thèses qui les sous-tendent et par la manipulation de l'opinion qu'ils cherchent à opérer ».

Dans son livre – auquel il ne va plus être possible de se reporter, puisqu'on ne le trouvera plus en librairie –, Renaud Camus revient à deux reprises sur Panorama, notamment à propos d'un débat sur l'intégration : « L'émission est dirigée par Michel Bydlowski. Débattent autour de lui Antoine Spire, Roger Dadoun, Isabelle Rabineau et un certain J.-P. Grunfeld, que je ne connais pas. Cinq participants, et quelle proportion de non-juifs, parmi eux ? Infime, sinon inexistante. Or je trouve cela non pas tout à fait scandaleux, peut- être, mais exagéré, déplacé, incorrect. Et, non, je ne suis pas antisémite. Et, oui, je trouve que la race juive a apporté à l'humanité une des contributions spirituelles, intellectuelles et artistiques parmi les plus hautes qui soient. […] Mais non, non et non, je ne trouve pas convenable qu'une discussion préparée, annoncée, officielle en somme, à propos de “l'intégration” dans notre pays, sur une radio de service public, au cours d'une émission de caractère général, se déroule presque exclusivement entre journalistes et intellectuels juifs ou d'origine juive. »

« Pas antisémite ». Auparavant, l'auteur de la Campagne de France analyse « En quoi je ne suis pas antisémite » : « 1) en ceci que les persécutions nazies me semblent constituer le crime collectif le plus abominable de l'histoire de l'humanité ; 2) en ceci que me répugne absolument tout ce qui pourrait ressembler à une humiliation – ne parlons même pas de mauvais traitements – infligée à quiconque du fait de caractères ou d'actions qui ne relèvent pas de son libre arbitre ; 3) en ceci que je n'ai aucune tendance à juger les êtres sur leur appartenance ethnique ou religieuse, et qu'un juif peut m'inspirer la plus grande sympathie ou la plus vive admiration […] »

Puis il décrit. « En quoi il m'arrive d'être irrité par certains juifs » : « En ceci que j'éprouve, de toutes mes fibres, un amour passionné pour l'expérience telle qu'elle fut vécue pendant une quinzaine de siècles par le peuple français sur le sol de France ; et pour la culture et la civilisation qui en sont résultées. Et que, par voie de conséquence, il m'agace et m'attriste de voir et d'entendre cette expérience, cette culture et cette civilisation avoir pour principaux porte-parole et organes d'expression, dans de très nombreux cas, une majorité de juifs, Français de première ou de seconde génération bien souvent, qui ne participent pas directement de cette expérience […] »

Après le passage sur « les collaborateurs juifs » du Panorama de France Culture, Renaud Camus a écrit : « La pensée juive est certes tout à fait passionnante, en général ; mais elle n'est pas au cœur de la culture française. Ou bien si ? Un doute me prend : […] Bergson est au cœur, oui, de la philosophie de notre temps dans notre pays. Ne parlons pas de Proust, qui lui serait bien près de l'épicentre. Donc… (Reste à savoir si Proust relève de la “pensée juive”… Et même Bergson. Mais on doit pouvoir se poser la question.). »

Homosexualité. Une page entière est encore consacrée à ce sujet. « Que dirait-on si jour après jour, ou presque, parmi les journalistes réunis autour du micro de Panorama, il y avait quatre homosexuels sur six, ou cinq sur sept ? Et s'ils s'arrangeaient pour qu'une fois par semaine au moins – ils n'auraient pas à "s'arranger", d'ailleurs, il en irait ainsi par le simple effet de leur curiosité naturelle ou de leur type d'intérêt –, il soit question de l'homosexualité, des auteurs homosexuels, des pratiques homosexuelles, de la vie quotidienne des homosexuels à travers les siècles ? Ne dirait-on pas que ces homosexuels exagèrent un peu ? ».


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