Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Documents

Paru dans Libération
Date 21/04/2000
Titre Les réactions de l'auteur et de ses éditeurs
Auteurs Claire Devarrieux et Stéphane Bouquet

Renaud Camus

« Incroyablement disproportionné »

Comment réagissez-vous à la polémique ?

Je pense surtout que c'est incroyablement disproportionné. Je pense que les textes incriminés font l'objet d'une très nette surinterprétation. Parce qu'il ne s'agit que de quelques lignes, que c'est un journal, que ça a le caractère d'un journal et rien d'autre. Je ne renie pas ce que j'ai écrit sauf un mot, mais il ne faut pas perdre de vue que cela reflète les humeurs d'un jour.

Quel mot reniez-vous ?

Le mot que je regrette est le mot « race ». Mais je l'emploie au sens classique du français, comme il l'est chez Racine, « le roi dernier de sa race ».

Ce mot n'a pas le même sens au XXe siècle.

Certes, et c'est pourquoi je renie ce mot, mais j'ai le droit d'écrire dans la langue classique comme je fais dans tous mes livres. Le problème, c'est qu'on ne connaît pas mes autres livres, ne serait-ce que le Discours de Flaran, ne serait-ce que Nightsound sur l'œuvre de Josef Albers, ne serait-ce que le texte du catalogue sur Six Prayers d'Anni Albers, magnifique pièce qu'elle a consacrée à l'Holocauste.

Pourquoi donner des noms et décider vous-même de qui est juif ou pas ?

Je suis absolument insoupçonnable de dévoiler le caractère juif des journalistes en question qui parlaient eux-mêmes constamment de leur expérience juive, de leur famille juive. De même que Jean-Maurice de Montrémy, plus tard, se donnait lui- même comme catholique. Dans cette émission, il y avait des sortes d'emplois comme au théâtre.

Que pensez-vous de la décision de Fayard de retirer le livre de la vente ?

Je la regrette. On dirait qu'on reconnaît ses torts. Je n'ai pas l'impression d'avoir des torts sinon le mot race.

Fayard, éditeur de l'ouvrage

« Je n'avais pas lu le livre »

Olivier Bétourné est le vice-PDG des éditions Fayard, qui ont publié l'ouvrage.

Pourquoi avoir publié le livre ? Les propos de Renaud Camus ne vous avaient-ils pas choqués dans le manuscrit ?

Je ne l'avais pas lu. Je publie 200 nouveautés par an, je ne lis pas les 200 manuscrits. J'assume ma position, j'assume ma décision, c'est une décision grave, je l'ai prise en connaissance de cause. Je n'avais pas cette connaissance de cause.

Pourquoi le retirez-vous de la vente ?

Vous voulez que je vous lise les passages ? C'est une position de fond. Il s'agit d'un domaine où il faut être extrêmement vigilant et radical.

Pensez-vous que Renaud Camus soit antisémite ?

Non, je ne le pense pas. Je pense qu'il tient des propos extrêmement dangereux.

POL, éditeur habituel

« Je ne l'aurais pas publié en l'état. »

PDG de POL, Paul Otchakovski-Laurens est l'éditeur habituel de Renaud Camus, mais il n'a pas publié la Campagne de France. Dans l'article que nous avons consacré à ce livre, il précisait (Libération du 13 avril) : « Nous ne nous sommes séparés que pour deux livres. J'ai fait une erreur de lecture à un moment donné et je le regrette amèrement. J'ai confondu le discours et le commentaire sur le discours. »

Regrettez-vous toujours votre refus de publier le livre de Renaud Camus ?

Je regrette d'avoir été mis dans la position de refuser un livre de Renaud Camus dont je publie l'oeuvre depuis 1974 (Passage, chez Flammarion). J'ajouterai que, d'une façon générale, je ne me sens responsable que des écrits que je publie.

Auriez-vous publié le livre en l'état ?

Non.

Pouvez-vous expliciter : « J'ai confondu le discours et le commentaire sur le discours » ?

C'est à dire qu'au lieu de demander à Renaud Camus de modifier certaines choses ou d'en ôter, de discuter avec lui, j'ai tout rejeté en bloc.

Votre désaccord portait-il sur les passages concernant « les collaborateurs juifs » de France Culture ?

Oui.

Avez-vous, par le passé, refusé des manuscrits de Renaud Camus, pour ces raisons, ou d'autres ?

Je ne désire pas à répondre à cette question qui touche au secret professionnel.

Pensez-vous qu'un écrivain peut tout dire dans un journal intime ?

Non, dans la mesure où il est destiné à la publication.

Envisagez-vous de travailler encore avec Renaud Camus ?

Bien sûr. Je publie deux nouveaux livres dans les prochaines semaines (Eloge du paraître en mai et Night sound en juin) et ni lui – je crois –, ni moi – j'en suis sûr – n'avons l'intention d'en rester là. Si cette maison d'édition existe, c'est grâce à un certain nombre d'écrivains qui m'ont fait confiance, dont lui, à plusieurs reprises, de manière exemplaire. Et Renaud Camus, faut- il le rappeler, est l'un des très importants écrivains d'aujourd'hui… Il n'est ni raciste, ni antisémite.


Réagir à ce document.