Photo © Renaud Camus
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Paru dans Le Monde
Date 25/05/2000
Titre Déclaration des hôtes-trop-nombreux-de-la-France-de-souche

par Gérard Bobilier, Hubert Damisch, Michel Deguy, Jacques Derrida, Marc-Olivier Dupin, Murielle Gagnebin, Marie- Christine Hamon, Michel Henochsberg, Brigitte Jaques, Pascal Kane, Serge Klarsfeld, Claude Lanzmann, Martine Laroche, Claude Léger, Raymond Lepoutre, Jacqueline Lichtenstein, Jacques-Alain Miller, Judith Miller, Jean-Claude Milner, Sylvie de Nussac, François Régnault, Denise Schoendorff, Philippe Sollers, Jean-Pierre Vernant, Gérard Wajcman, Teri Wehn- Damisch

Par une pétition publiée dans la presse, certains voudraient faire, à présent, de « l'affaire Renaud Camus » celle d'un écrivain victime d'une censure insupportable, d'« un lynchage médiatique » dans « un climat de violence inquiétant ». Se portant au secours d'un citoyen français dont on aurait bafoué les droits élémentaires, les signataires brandissent le drapeau de la liberté d'expression, « sans préjuger, tiennent-ils à préciser, des réserves que nous pouvons faire sur les passages qui lui sont reprochés ».

Nous pensons que c'est l'entreprise qui voudrait faire passer l'auteur de Campagne de France pour une victime qui est inquiétante. Il est urgent de dire clairement que les propos de Renaud Camus sont des opinions criminelles qui n'ont, comme telles, pas droit à l'expression.

Ecrire, par exemple, au sujet des « individus d'autres cultures et d'autres races qui se présentaient chez nous » : « Les hôtes furent trop nombreux. Peut-être aussi restèrent-ils trop longtemps. Ils cessèrent de se considérer comme des hôtes, et (...) ils commencèrent à se considérer eux-mêmes comme étant chez eux », conclure que « nous ne sommes plus désormais que des commensaux ordinaires parmi nos anciens invités » et que «  peut- être devrons-nous fonder, par nostalgie, et par désir de nous comprendre encore, une amicale des “Vieux Français” », cela ne relève pas de la liberté d'expression.

Proclamer qu'on parle « au nom de cette vieille culture et de cette civilisation française de souche qui sont les miennes (...) et que je regrette de n'entendre presque plus, dans le pays même qui fut le leur » et écrire : « Je ne trouve pas convenable qu'une discussion préparée, annoncée, officielle en somme, à propos de “l'intégration” dans notre pays, sur une radio de service public, au cours d'une émission de caractère général, se déroule presque exclusivement entre journalistes et intellectuels juifs ou d'origine juive », cela ne relève pas de la liberté d'expression.

Celui qui pense cela, écrit cela et publie cela, qu'il y a trop « d'autres » ici et trop de « juifs » là, pense, écrit et publie des opinions criminelles, racistes et antisémites. Elles ne relèvent pas de la liberté d'expression.

Nous déclarons ici que, quelle que soit notre « souche », nous préférons nous compter parmi ces « hôtes trop nombreux » dont parle Renaud Camus, écrivain « Vieux Français ».

Hôtes-trop-nombreux-de-la-France-de-souche, nous déclarons que les propos de Renaud Camus sont des opinions criminelles, et donc que défendre, publier, republier son livre au nom de la liberté d'expression ou pour toute autre raison, c'est, qu'on le veuille ou non, défendre et publier des opinions criminelles et condamnables. Il faut le savoir. Cela ne s'expurge pas.

On pense toujours que de telles phrases ne pourront jamais revenir, et ce sont pourtant précisément ces phrases qui reviennent. Cela ne nous ramène pas à un passé lointain ou révolu : cela commence, aujourd'hui.

Hôtes-trop-nombreux-de-la-France-de-souche, nous déclarons qu'aucun aveuglement, aucune illusion ne sont permis. Et laisser s'insinuer de tels propos, par faiblesse ou pour quelque raison que ce soit, c'est consentir à l'insidieuse installation du pire.


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