Photo © Renaud Camus
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Paru dans Têtu
Date Juin 2000
Auteur Thomas Doustaly

Le Journal 1994, de Renaud Camus, intitulé La Campagne de France, est d'abord un livre. Un livre aujourd'hui disparu, mais un livre encore. Ce que Renaud Camus y écrit sur « les collaborateurs juifs » d'une émission de France Culture est très grave, parce que, pour faire court, on n'écrit pas ces choses-là, même accompagnées, dans une œuvre, d'un avant et d'un après qui, en les précisant, en s'attachant à les circonscrire, n'en annulent pas l'effet. Camus en est conscient. Il sait que l'adjectif « juif » ne s'emploie pas à la légère. « Il est, dit-il à Têtu, Ce-qui-ne-peut-pas-être-dit. » Sauf qu'il décide de passer outre pour des raisons qui tiennent à son idée de l'écriture, et du travail de l'écrivain. « Ce Ce-qui-ne-peut-pas-être-dit, poursuit-il, c'est très précisément le lieu même de la dignité et du risque d'écrire, pour un écrivain. » On voit bien qu'on n'est pas là, sauf à vouloir tout mélanger en galvaudant l'accusation d'antisémitisme, du côté des œuvres qui couvrent les tables des fêtes Bleu Blanc Rouge. Renaud Camus, pour peu qu'on veuille bien lire son livre, celui-là mais aussi son œuvre toute entière, car il en a une, est plus certainement à ranger du côté de la figure mystérieuse (pour moi, en tous cas), et à tous coups antipathique, du pédé de droite. Car quand, politiquement, le sentiment réactionnaire prend à ce point-là le dessus, dans l'esprit d'un homosexuel amoureux des arts et des belles lettres, du bon goût, il se double assez souvent, si l'encore jeune pédé que je suis peut se permettre cette généralité, d'une dimension esthétique qui le conduit comme naturellement à explorer ce côté-là, le droit, des limites de ce qui peut être dit. Ce qu'on peut écrire des juifs, par exemple. Après cela, sur quoi beaucoup de ceux qui l'attaquent aujourd'hui ne reviennent jamais, puisqu'ils n'ont pas lu Camus, on a le droit de rester convaincu qu'il est un antisémite. Mais encore faut-il accepter, pour instruire un aussi grave dossier, de le faire en sa présence. à vouloir conduire sans l'accusé le procès de Camus, à citer son livre par petits bouts sans que plus personne hors des rédactions ne puisse y avoir accès, ses accusateurs n'ont pas eu grand mal à fédérer autour d'eux tous ceux que l'antisémitisme révolte infiniment. Sur ce point, le cas de Jean Daniel, qui devrait moins se vanter d'apprendre seulement aujourd'hui le nom de l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages publiés chez POL, est édifiant. Livrant longtemps après beaucoup d'autres son point de vue sur l'affaire, comme pour ne pas être en reste, le très respectable patron du Nouvel Obs peut, dans un même élan, affirmer que Camus « est tout à fait antisémite », et condamner pourtant, au nom de la liberté, la censure que son éditeur, Fayard, lui impose en retirant son livre de la vente. D'accord mille fois avec lui sur la censure : elle est inacceptable, insupportable, surtout quand elle pointe l'incurie d'une maison d'édition qui, en cette circonstance, semble sans tête. Mais si Camus est « tout à fait antisémite », n'y a-t-il pas, alors, d'autres voix, et de plus essentielles, à défendre ? Finalement, Camus est peut-être simplement devenu une sorte de cocotte réac. Si on aime ses livres, on a le droit de cesser de les lire, à partir de maintenant, simplement parce que son goût du « Ce-qui-ne-peut-pas-être-dit », vu vers où il penche, nous emmerde. Il y a des lignes d'une assez grande connerie politique dans le livre de Renaud Camus sur « un équilibre de bon sens » au nom duquel il aurait fallu, en 1994, ajouter aux « collaborateurs juifs » d'une émission de France Culture d'autres collaborateurs, plus anciennement français, pour produire des débats d'une meilleure qualité. Mais il n'y a pas d'antisémitisme dans La Campagne de France, et il ne fallait donc pas l'interdire.

Thomas Doustaly

PS  : Je ne veux pas traiter ici d'une dimension particulière de cette affaire, qui tient à l'homosexualité de Renaud Camus. La raison en est simple. Nous ne pouvions pas donner la parole à Renaud Camus sans prendre position. C'est chose faite. Mais son homosexualité tient une place assez réduite, sinon nulle, dans ce qui motive les attaques dont il est l'objet. à l'inverse, Calvine Burdine, condamné à mort parce que la prison à vie n'était pas « une si vilaine punition » pour un homosexuel, est au bord d'être broyé, d'être tué, par un système, la justice américaine, dont le plus fervent défenseur, George W. Bush Jr pourrait bien devenir président des États-Unis dans quelques mois.


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