Photo © Renaud Camus
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Paru dans Écrire & Éditer
Date Juillet 2000
Titre Baise-moi contre Renaud Camus : deux poids deux censures ?

En France, allez comprendre pourquoi, l'été est la saison des martyrs de la censure. Dans les salles de rédaction climatisées, les pigistes intérimaires ont tout à prouver et cherchent des coups bien sulfureux pour faire péter la Une. Alors, jouons le jeu avec eux, parlons de Baise-Moi-le-film-porno-d'auteur et de Renaud-Camus-l'antisémite-malgré-lui.

Deux gros titres que tout rapproche ou que tout rapprochera : la romancière-cinéaste Virginie Despentes se fait « censurer » X par le Conseil d'État pour son Baise-moi de film tandis que l'écrivain-diariste Renaud Camus, auteur de La Campagne de France chez Fayard, se fait lyncher menu par la presse parisienne (Les Inrocks, au tout début de l'histoire) suite à de fulgurants dérapages antisémites. Les journaleux, toutes tendances confondues, d'Ardisson à Jean-François Kahn en passant par le Figaro et les ultra-branchouilles de )Transfert ou de Chronic'art, tout le monde a des neurones à gâcher dans l'affaire, des trucs vachement importants à défendre, en raison qu'on est au pays de la liberté oui ou non.

Et bizarrement, on n'arrive pas à croire à la sincérité de tous ces intrépides, qu'il s'agisse des victimes, des avocats du diable, des contempteurs ou des hérauts du troisième voire quatrième degré qui analysent le discours sous- jacent de saura-t-on quelle dérive dialectique… Du flanc, tout ça. Des opérations de communication réglées comme du papier à musique recyclé. Des histoires de pognon basiques transformées en propagande. Comme s'il y avait un enjeu fondamental dans le produit Despentes, modèle « gynarchie hardcore et rébellion punk », couplet « je fais sauter le système » (et j'encaisse le pognon). Comme s'il y avait un enjeu fondamental dans la prose terminale d'un petit-bourgeois plumitif qui a tout compris à la France du dix-neuvième siècle – au mieux.

Devenues phénomènes marketing, la banlieue trash de Baise-Moi et la « Campagne » nauséeuse de Camus Renaud sont d'une égale innocuité, d'une même insignifiance. On se fout complètement de l'un comme de l'autre. La seule chose un peu marrante à analyser, c'est comment s'en emparent les médias, comment se construit un vacarme sur du néant (pour comprendre : lisez cet article !).

Claude Durand part en campagne

Il y a pourtant des enseignements utiles à extraire de ce brouhaha. Dans l'« Affaire Camus », par exemple, on apprend des choses sur l'édition. Comme nous l'expliquions déjà dans E&E 27, lorsqu'ont été retirés de la vente les 4000 exemplaires de La Campagne de France (ouvrage précédemment refusé par les éditions P.O.L), le sous-fifre de service chez Fayard, chargé d'éviter le référé, se disait encore tout ému d'indignation par la regrettable bavure qu'avait laissé passer son comité d'écrémage. La conclusion selon laquelle ce « grand » éditeur n'avait pas lu le manuscrit finissait même entérinée. On en reçoit tellement, vous savez, on ne peut pas tout lire ! En clair : Fayard a publié un nom, rien de plus, et tout le monde fait un peu pareil, c'est comme ça l'édition. Mais en ce début juillet, toc toc badaboum, voilà-t-y pas que Claude Durand soi-même – pdg de Fayard (et légendaire cotraducteur de Cent ans de solitude soit dit en passant) – monte au créneau avec un « coup de gueule pour la liberté d'expression » (ainsi que nous le tonitruent les dépêches AFP).

Car, voyez-vous, la nouvelle version expurgée de la Campagne de France sort des presses, et il faut trouver moyen d'y intéresser la clientèle de Livres hebdo. Donc : Durand se fend d'un avant-propos rageur « tirant à boulets rouges » sur les petits soldats du Monde, de L'Événement, de l'Obs (Jean Daniel) ainsi que sur le vieillissant Michel Polac, le rajeunissant BHL, l'indatable Laure Adler, j'en passe et des meilleurs. Tous ces gens-là sont accusés par Claude Durand d'avoir monté en mayonnaise « un événement somme toute minuscule » et surtout « d'avoir voulu faire passer un crime de lèse-journalisme pour l'œuvre d'un antisémite ». Et en fait, on est bien obligé de reconnaître que Durand a sensiblement raison. Mais, on a forcément raison quand on dit que les journalistes sont des bœufs… Nous, ce qu'on aurait aimé savoir, c'est pourquoi Durand défend si vaillamment un auteur qu'il n'a pas lu ? (Bon, d'accord, elle était facile à faire…).

Pour qu'ils ne puissent pas dire qu'on s'est bien fait baiser…

Passons à l'antipode. « Se réjouira bien qui jouira le dernier ! », clame Jean- François Chiron, webmestre de Baise-moi le site, en réaction au classement X appliqué par le Conseil d'État à Baise-moi-le-film. Après maintes péripéties qui font les choux gras de la presse tuturelle, le visa d'exploitation accordé au film hot&trash de Virginie et Coralie a donc été retiré, suite à la plainte d'une association catho et, précise-t-on, avec les compliments de Bruno Mégret

Bon, tout cela ne donne pas envie de plaider dans le sens des prudes, et pourtant. Le buzz marketing qui environne l'affaire Baise-moi« une révolution copernicienne dans l'expression cinématographique » dixit très sérieusement Le Monde du 6-6 ! – ne parvient pas à nous convaincre de la pureté subversive de cette œuvre. Au fond, quelle est la question posée ? « Un film d'auteur peut-il être un film X » ou « un film X peut-il être un film d'auteur » ? Dans la mesure où l'on admet que « film d'auteur » et « film X » sont deux notions rigoureusement indépendantes, en vertu de quoi accorderait-on à une Despentes ce qu'on refuse à un John B. Root ?

Ce qui est scandaleux dans l'industrie du X, c'est qu'elle soit surtaxée en plus d'être maintenue dans un réseau « protégé ». Ça, oui, c'est une énorme hypocrisie d'État. Mais ce que les communicants de Baise-moi essaient de nous faire passer, c'est qu'une labellisation les atteint dans leur liberté d'expression artistique. à quand une pétition contre la « censure » des films d'art et d'essai ? Ce serait la même rhétorique. En fait, ce que veulent nos baiseurs-de-système, c'est surtout bénéficier du système qui profite à un Besson ou à un Poiré. On les comprend, bien sûr, mais faut pas nous en vouloir si on se tape souverainement de leurs histoires de caisse. Un bon vieux film de cul sous pli discret, c'est quand même autrement motivant, en cette saison, que la masturbation intellectuelle de ces histrions du 17e Art !

Les liens pour aller + profond

Le seul lien vraiment interessant à propos de Baise-Moi (un message lyrique de l'inestimable Francis Mizio)

Baise-Moi le site et sa pétition total destroy

Les éditions Fayard (le site-bizness qui ne parle absolument pas de l'« affaire »)

Avant d'être rachetée par Grasset, Despentes est née chez Florent Massot (souvenez-vous !)

Vous ne pensiez pas que ça existait, mais si ! Le site des lecteurs de Renaud Camus

Un million d'internautes sur BaiseMoiLeSite et )Transfert exulte !

Etc., etc.


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