Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Le Monde
Date 31/05/1995
à propos de Qu’il n’y a pas de problème de l’emploi
Titre Une sainte colère
Auteur Marie-Béatrice Baudet

Difficile à trouver, le petit livre circule de main en main. André Gorz l'a déniché, en parle à Jacques Robin qui, lui-même, etc. Les réactions ne se font pas attendre : « un bouquin étonnant », « provocant aussi », « qui se lit sans s'arrêter de la première à la dernière ligne » et « enfin, enfin… on est au cœur du sujet ».

Renaud Camus, quarante-neuf ans, n'est pas du sérail des économistes, philosophes et autres sociologues traditionnellement plongés dans les questions d'emploi. Auteur de nombreux ouvrages, son regard est celui d'un écrivain, ceux de cette génération des Robbe-Grillet, des Belleto, présentés comme les nouveaux romanciers du XXe siècle. Qu'il n'y a pas de problème de l'emploi (éditions POL) est son « premier et dernier » livre sur le sujet. « Tout le monde va se rendre compte que je suis un économiste de 25e zone. D'ailleurs, je ne suis même pas économiste. » Il aurait pu le devenir après des études de droit, de lettres, de philosophie menées en parallèle avec Sciences-Po, où il se souvient qu'il fut « vaguement question de faire l'ENA ». Il rêva un moment à une carrière diplomatique, l'amour de l'écriture l'entraînera sur un tout autre chemin.

Cet Auvergnat d'origine, né à Chamalières, a choisi de se retirer en Gascogne dans un château médiéval où il cultive « l'esthétique de la solitude », et d'où il garde contact avec la réalité. La Bosnie et l'intégrisme devraient être les prochains sujets de ce qu'il accepte d'appeler « ses coups de gueule » et où se côtoient humour et dérision. Parmi les dédicaces de son livre, on y découvre à « ma maman qui partage tout à fait mes vues », à « Jean-Luc Godard qui, rien du tout, mais que j'ai aperçu hier à la télévision », « aux trois millions trois cent trente-trois mille trois cent trente-troisième qui n'en peut mais »…

« Cul par-dessus tête »Tous les ans, passionné des questions politiques et sociales, il publie un Journal. En Italie, au début d'avril 1994, il se lance dans la rédaction de Qu'il n'y a pas de problème de l'emploi. Il lui semble alors clair qu'« il faut changer d'époque, changer de mots, mettre le problème cul par-dessus tête ». S'il prend sa plume à ce moment-là, c'est par «  énervement ». « J'ai voulu, explique-t-il, écrire un livre d'agacement devant le mépris du temps. Ce qui est honteux, ce n'est pas d'avoir perdu son travail. Il n'y a rien de honteux à cela. Ce qui est honteux, c'est de ne savoir que faire de son temps. » Ne pas tuer le temps mais le sculpter, l'un des grands choix de sa vie. Pas d'erreur. Le livre n'est pas élitiste. Ce n'est pas l'œuvre d'un intellectuel dont les rentes pourraient le rendre méprisant. Quelles rentes d'ailleurs ? Et quel mépris  ? Le mot le fait bondir. Et à raison. Les difficultés d'une vie quotidienne d'écrivain, il connaît. Les Assedic aussi. « Je suis un écrivain né du chômage, dévoile-t-il. Licencié, j'ai touché des indemnités. Alors, je me suis lancé dans l'écriture. » En 1975 sortira donc son premier roman, Passage, salué par Bertrand Poirot-Delpech. Certains chômeurs qui ont lu son livre lui ont écrit pour dire « combien [ils] le trouvent réconfortant ». Des associations lui ont même demandé de venir en parler, de préciser sa pensée. Mais il n'ira pas, préférant fondamentalement l'écrit à l'oral. « Je ne suis pas un champion du naturel, je crois m'exprimer plutôt mal. J'appartiens à ce genre d'écrivains qui écrivent pour dire bien. » Et puis, aussi, il y a le reste. Une exposition sur Roland Barthes, l'un de ses parrains en littérature, qu'il est en train d'organiser à Rio de Janeiro. Et puis toutes les autres, conformes à ses choix artistiques « déterminés », qu'il propose dans son château en Gascogne. Renaud Camus habite le temps, pas question d'en douter.


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