Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Documents

Paru dans Têtu
Date Juillet 2001
à propos de Les Nuits de l’âme (Journal 1996)
Titre Le pestiféré
Auteur Baptiste Liger

Un peu plus d'un un après la polémique déclenchée par la parution de « La Campagne de France », Renaud Camus livre le dernier volet de son journal intime, « Les Nuits de l'âme ».

Les scandales ne sont plus ce qu'ils étaient. Souvenez-vous : il y a un an éclatait l'« affaire » Renaud Camus, au moment de la parution de La Campagne de France. Dans ce journal de l'année 1994, l'auteur culte de Tricks commettait quelques dérapages sur les « collaborateurs juifs » d'une émission de France Culture. Coups de bâton, sermons, pétitions. La polémique dura deux mois, puis le silence – ou une relative indifférence – de la presse fut de mise à l'automne, lors de la sortie de La Salle des pierres et de Corbeaux. Le boycott était d'ailleurs déjà de rigueur depuis quelques années. Malgré une production abondante, l'écrivain n'attirait plus les feux de l'actualité littéraire. On s'étonne tout de même un peu que la conception de la « culture française » selon Camus – contestable, mais solidement argumentée – n'ait pas provoqué plus tôt pareille levée de boucliers. Mais notre homme de lettres était-il réellement lu ?

LA FORME DU JOURNAL S'IMPOSE D'AILLEURS COMME SON REGISTRE D'EXCELLENCE, TANT IL RÉUSSIT à TOUT CONDENSER EN ÉVITANT L'EMPHASE DE LA « THÈSE ».

Le dernier opus en date, Les Nuits de l'âme, volet 1996 du journal camusien, possède quelques atouts pour alimenter les pages « Rebonds » de Libération et du Monde. Exemple : « Le discours sur l'inceste est entièrement entre les mains des gens qui parlent des mamans, c'est-à-dire qui témoignent, dès qu'ils ouvrent la bouche, qu'ils s'expriment dans la complaisance absolue au siècle, à l'opinion molle et toute-puissante, à la force diffuse, à la doxa. Et, bien sûr, ils confondent systématiquement inceste et violence, qu'elle soit physique ou morale. Pour ma part (…), je ne ressens à l'égard de l'inceste en soi aucune espèce de désapprobation morale. (…) Si un père et sa fille (ou un père et son fils – a fortiori même, car cela entraîne moins de possibles complications généalogiques), ou un frère et une sœur, ou deux frères et deux sœurs, ont tous les deux envie de faire l'amour ensemble (et ça doit bien arriver), ils peuvent être assurés que je n'y vois aucune espèce d'inconvénient : ils ont ma bénédiction. » On tient là l'image caricaturale – mais pas forcément fausse – du Camus aigri, provocateur, plus ou moins réactionnaire ou misanthrope, dont on ne connocit pas les limites de la sincérité. D'où trouble, d'où force. La forme du journal s'impose d'ailleurs comme son registre d'excellence, tant il réussit à tout condenser en évitant l'emphase de la « thèse ». Au- delà de la controverse, et plus que jamais – même si l'on n'a pas lu les précédents volumes du journal –, il faut se (re)plonger dans l'œuvre de cet auteur majeur, dont l'ombre se fait écrasante sur la littérature gay française d'aujourd'hui – Guillaume Dustan ne dira pas le contraire. On trouve toutefois peu de passages chauds dans Les Nuits de l'âme (le titre ne ment pas), et ils n'ont rien de très excitant. Le narrateur vieillit, débande ; la chair est triste, et ça l'agace. « Toute ma vie sentimentale est dans l'infra. C'est une vie infrasentimentale, peut-être même une infravie. Plus rien n'y a de substance. Rien n'y affleure au réel. » Camus décrit aussi à merveille (tellement mieux que Claude Michelet) la campagne et la province, et s'avère, dans cet almanach-là, un excellent guide touristique de New York (y compris des coins les plus hot). Cet ennemi déclaré de la « culture sympa », grand amateur de chiens « de race », n'aura, au passage, pas manqué de nous rappeler quelques vérités sur la famille, l'écriture, l'art, la postérité, le doute, le temps. Comme tout grand écrivain qui se respecte. « Mais qu'est-ce qu'un philosophe, et qu'est- ce qu'une philosophie, si l'œuvre, ce n'est pas l'homme, et réciproquement ? (…) L'œuvre, pour un artiste, pour un héros, pour un saint, c'est une partie un peu plus écrite que tout le reste, un peu plus maîtrisée, voilà tout. »


Réagir à ce document.

L’avis des lecteurs