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Documents

Paru dans Extraits de livres
Titre Extraits d'œuvres et d'entretien
Auteur Claude Lévi-Strauss

Textes distribués lors
du débat du 29 mai 2002

Ces textes, distribués lors du débat organisé par la Société de lecteurs de Renaud Camus entre Alain Finkielkraut et Edwy Plenel, le 29 mai 2002 sont des extraits d'œuvres et d'entretien de Claude Lévi-Strauss. C'est nous qui soulignons certains passages.

Extraits de Le regard éloigné

de Claude Lévi-Strauss, Plon, 1983, préface, p. 15 à 17.
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« […] je m'insurge contre l'abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme défini au sens strict et des attitudes normales, légitimes même, et en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d'individus, de quelque façon qu'on le définisse, l'effet nécessaire d'un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé l'attitude d'individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d'autres valeurs. Il n'est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres, et d'éprouver peu d'attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s'éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n'autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu'on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n'a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. Si comme je l'ai écrit ailleurs, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s'opposer à celles qui l'environnent, de se distinguer d'elles, en un mot d'être soi ; elle ne s'ignorent pas, s'empruntent à l'occasion, mais, pour ne pas périr, il faut que, sous d'autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité. »

« […] rien ne compromet davantage, n'affaiblit de l'intérieur, et n'affadit la lutte contre le racisme que cette façon de mettre le terme, si j'ose dire, à toutes les sauces, en confondant une théorie fausse, mais explicite, avec des inclinations et des attitudes communes dont il serait illusoire d'imaginer que l'humanité puisse un jour s'affranchir ni même qu'il faille le lui souhaiter […] »

« […] parce que ces inclinations et ces attitudes sont, en quelque sorte, consubstantielles à notre espèce, nous n'avons pas le droit de nous dissimuler qu'elles jouent un rôle dans l'histoire : toujours inévitables, souvent fécondes, et en même temps grosses de dangers quand elles s'exacerbent. J'invitais donc les lecteurs à douter avec sagesse, avec mélancolie s'ils voulaient, de l'avènement d'un monde où les cultures, saisies d'une passion réciproque, n'aspiraient plus qu'à se célébrer mutuellement, dans une confusion où chacune perdrait l'attrait qu'elle pouvait avoir pour les autres et ses propres raisons d'exister. […] il ne suffit pas de se gargariser année après année de bonnes paroles pour réussir à changer les hommes, […] en s'imaginant qu'on peut surmonter par des mots bien intentionnés des propositions antinomiques comme celles visant à “concilier la fidélité à soi et l'ouverture aux autres” ou à favoriser simultanément “l'affirmation créatrice de chaque identité et le rapprochement entre toutes les cultures” »

Extrait de Race et histoire

de Claude Lévi-Strauss, 1952.
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« […] On en vient à se demander si les sociétés humaines ne se définissent pas, en égard à leurs relations mutuelles, par un certain optimum, de diversité au delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous elles ne peuvent non plus descendre sans danger. Cet optimum varierait en fonction du nombre des sociétés, de leur importance numérique, de leur éloignement numérique, de leur éloignement géographique et des moyens de communications (matériels et intellectuels) dont ils disposent. En effet le problème de la diversité ne se pose pas seulement à propos des cultures envisagées dans leurs rapports réciproques ; il existe aussi au sein de chaque société […] »

Extraits de Race et culture

de Claude Lévi-Strauss, même source et réédité avec Race et histoire en 2001, par Albin Michel et l'UNESCO avec une préface de Michel Izard.
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« Loin qu'il faille se demander si la culture est ou non fonction de la race, nous découvrons que la race – ou ce que l'on entend généralement par ce terme – est une fonction parmi d'autres de la culture »

« […] j'ai souligné à plusieurs reprises que la fusion progressive de populations jusqu'alors séparées par la distance géographiques, ainsi que des barrières linguistiques et culturelles, marquait la fin d'un monde qui fut celui des hommes pendant des centaines de millénaires, quand ils vivaient en petits groupes durablement séparés les uns des autres et qui évoluaient chacun de façon différente, tant sur le plan biologique que sur le plan culturel […] Or on ne peut se dissimuler qu'en dépit de son urgente nécessité pratique et des fins morales élevées qu'elle s'assigne, la lutte contre toutes les formes de discrimination participe de ce même mouvement qui entraîne l'humanité vers une civilisation mondiale, destructrice de ces vieux particularismes auxquels revient l'honneur d'avoir créé les valeurs esthétiques et spirituelles qui donnent son prix à la vie et que nous recueillons précieusement dans les bibliothèques et dans les musées parce que nous nous sentons de moins en moins certains d'être capables d'en produire d'aussi évidentes […]
    […] toute création véritable implique une certaine surdité à l'appel d'autres valeurs, pouvant aller jusqu'à leur refus sinon même leur négation. Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l'autre, s'identifier à lui, et se maintenir différent. Pleinement réussie, la communication intégrale avec  l'autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l'originalité de sa et de ma création. Les grandes époques créatrices furent celles où la communication était devenue suffisante pour que des partenaires éloignés se stimulent, sans être cependant assez fréquente et rapide pour que les obstacles indispensables entre les individus comme entre les groupes s'amenuisent au point que des échanges trop faciles égalisent et confondent leur diversité »

Extrait de la préface de Michel Izard dans la nouvelle édition publiée par l'UNESCO en 2001 :

« Nous butons sur une aporie : les cultures existent et se renouvellent en collaborant les unes avec les autres, mais elles ont besoin, pour exister et se renouveler, de disposer en quelque manière d'une base de repli identitaire à partir de laquelle elles affirment une singularité qui paraît s'opposer à l'ouverture vers l'extérieur […] A travers les aléas de l'histoire, toute culture est confrontée à une exigence de sauvegarde de ce que, consciemment ou non, elle juge inhérent à sa raison d'être »

Extrait de De près et de loin

de Claude Lévi-Strauss et Didier Eribon, Odile Jacob, 1988, édition de poche, 2001.
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« 

Didier Eribon : Y-a-t-il des apparences physiques qui font naître chez vous de l'antipathie ?

Claude Lévi-Strauss : Vous voulez dire des types ethniques ? Non, bien sûr. Tous incluent des sous-types qui, les uns, nous semblent attrayants, d'autres pas. Dans certaines communautés indiennes du Brésil, je me sentais entouré de beaux êtres ; d'autres m'offraient le spectacle d'une humanité dégradée. […] En portant de tels jugements, nous appliquons les canons de notre culture. Seuls valent en l'occurrence celle des intéressés.

De même j'appartiens à une culture qui a un style de vie, un système de valeurs distinctifs ; et donc, des cultures très différentes ne me séduisent pas automatiquement

Didier Eribon : Vous ne les aimez pas ?

Claude Lévi-Strauss : Ce serait trop dire. Si je les étudie en ethnologue, je le fais avec toute l'objectivité et même l'empathie dont je suis capable. Il n'empêche que certaines cultures s'accordent moins volontiers que d'autres à la mienne.

Didier Eribon : Raymond Aron cite une lettre que vous lui avez adressée en 1967, à propos de la politique israélienne : Je ne puis évidemment pas ressentir comme une blessure fraîche à mon flanc écriviez-vous, la destruction des Peaux-Rouges, et réagir à l'inverse quand des Arabes palestiniens sont en cause, même si (comme c'est le cas) les brefs contacts que j'ai eus avec le monde arabe m'ont inspiré une indéracinable antipathie.”

Claude Lévi-Strauss : La formule est excessive. J'écrivais au courant de la plume, et je ne voulais pas qu'Aron se méprît sur mon attitude en me prêtant des sentiments pro-Arabes. Il est toutefois vrai qu'au cours de quelques mois passés dans des pays islamiques – le Pakistan et ce qui est aujourd'hui devenu le Bangladesh – je n'ai pas, comme on dit “accroché”. Dans Tristes tropiques, je me suis confessé à ce sujet [cf. ci-dessous] […]

[…]

Claude Lévi-Strauss : […] Si mon travail requiert le silence et qu'une communauté ethnique s'accommode du bruit ou même s'y complaît, je ne la blâmerai pas et n'incriminerai pas son patrimoine génétique. Je préférerai toutefois ne pas vivre trop près, et apprécierai peu que sous ce méchant prétexte, on cherche à me culpabiliser.

[…]

Claude Lévi-Strauss : […] Toutes pluri-culturelles par leur mode de formation, les sociétés ont élaboré chacune au cours des siècles une synthèse originale. à cette synthèse, qui constitue leur culture à un moment donné, elles tiennent plus ou moins rigidement. […]

[…]

Didier Eribon : Toutes les sociétés occidentales rencontrent visiblement ce problème de l'assimilation impossible : l'Angleterre, l'Allemagne… La coexistence des cultures semble aussi difficile qu'en France.

 »

Extrait de Tristes tropiques

de Claude Lévi-Strauss, Plon, 1955.
Page 484 de l'édition « Pocket ».
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« En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l'intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s'en rendent coupables ; car s'ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c'est plus grave) incapables de  supporter l'existence d'autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l'abri du doute et de l'humiliation consiste dans une “néantisation” d'autrui, considéré comme témoin d'une autre foi et d'une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d'une exclusive contre les infidèles qui ne peut s'avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à le reconnaître eux-mêmes comme existants. »

«  Plus précisément encore, il m'a fallu rencontrer l'Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd'hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m'obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane […] »


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