Photo © Renaud Camus
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Paru dans Lire
Date Juin 2000
à propos de Répertoire des délicatesses du français contemporain
Titre Questions à Renaud Camus
Auteur Alexie Lorca

Lors de cet entretien, le dernier tome de son Journal (Fayard) ne nous était pas encore parvenu. à la lecture des pages 48 à 51 qui nous paraissent aussi stupides qu'antisémites, nous n'avons pas voulu censurer un autre ouvrage de cet écrivain, Répertoire des délicatesses du français contemporain, et que nous apprécions, cette fois, sans réserve.

Qu'est-ce qu'une délicatesse ? Une finesse ou une difficulté ?

Renaud Camus : Les deux ! D'où le choix de ce mot amphibologique. Finalement, toutes les délicatesses sont le lieu d'un passage difficile qui demande un certain art.

Peut-on parler d'un « bon usage » des mots ?

Renaud Camus : à chaque époque une classe donnée a défini son bon usage des mots. Sans aucune légitimité. Au XVIIe siècle, c'est la Cour, puis au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le pouvoir linguistique a glissé de l'aristocratie à la bourgeoisie. Mais depuis la seconde moitié du XXe siècle, notamment avec la généralisation des postes de télévision, l'usage se simplifie et l'on tend malheureusement vers un langage unique.

Le « beau langage » deviendrait-il l'apanage d'une élite cultivée ?

Renaud Camus : Cela n'a rien à voir. Les personnes les plus érudites ne sont pas forcément celles qui s'expriment le mieux. Beaucoup parmi elles se complaisent même dans des jargons peu compréhensibles. Aujourd'hui, je pense que c'est chez les artistes que l'on trouve le plus d'amour et de souci pour le langage.

Comment définissez-vous qu'une forme est plus « correcte » qu'une autre.

Renaud Camus : En distinguant ce qui relève dans la langue de critères objectifs. On peut affirmer qu'une expression est supérieure à une autre lorsqu'elle a pour elle l'étymologie, la logique, le sens et la cohérence syntaxique.

Mais un amoureux peut-il être réellement objectif ?

Renaud Camus : Il doit en tout cas essayer ! Faire le deuil de l'objectivité, c'est courir à la catastrophe.

Le choix des mots est-il affaire de goût ?

Renaud Camus : De goût, de plaisir, et d'oreille. à propos de voisins de restaurant qui parlaient trop fort, Roland Barthes disait qu'il les entendait ne pas s'entendre ! C'est le sentiment que j'ai devant certaines expressions qui, bien que stigmatisées, continuent leur carrière. Comme « au niveau de », par exemple. « Et au niveau des vacances, vous faites quoi ? ! »

Quelle est actuellement pour vous l' « indélicatesse » - la « scie » comme vous dites - la plus insupportable du français contemporain ?

Renaud Camus : « C'est vrai que » ! Faut-il que le statut de la vérité soit aujourd'hui compromis pour que l'on ait systématiquement besoin de commencer une phrase par « c'est vrai que » ! En général, les scies sont un signe d'appartenance à un milieu socioculturel ou à une génération. Prenez « je vais chez le docteur » pour « je vais chez le médecin ». à l'inverse, « c'est vrai que » se remarque à peine. Cette expression bénéficie d'une inflation pathétique. Elle est le symbole d'une époque où l'ensemble d'un peuple parle de la même façon.

Pourquoi l'« homo sapiens » contemporain se détache-t-il à ce point du langage ?

Renaud Camus : Il est victime de l'obsession moderne d'« être soi-même ». Pas au sens de quête, d'exercice permanent sur soi où l'entendaient Socrate et Heidegger, mais au sens erroné et trivial de « se débarrasser des oripeaux de la convention ». L'aune du langage n'est plus en l'autre mais en soi-même. Le locuteur se trouve de toute façon assez bien pour son interlocuteur ; on s'habille et on parle de la même façon, quelles que soient les circonstances. On est « entier » au sens péjoratif du terme, avec pour seul souci d'être son petit soi-même mal dégrossi !

Quelles sont les conséquences de ces dérives ?

Renaud Camus : Un rétrécissement de la vision du monde. Le langage n'est pas seulement un instrument d'expression. Il est aussi et surtout un outil de perception. L'œil est très bête. Il est incapable de voir ce que l'esprit ne peut nommer. C'est la langue qui montre le monde.


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