Photo © Renaud Camus
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Documents

Paru dans Masques, revue des homosexualités
Date Septembre 1981
à propos de Journal d’un voyage en France
Auteur Alain Vaudran

Il y a un malentendu tenace dans la façon dont sont reçus les livres de Renaud Camus, où se conjuguent la persistante hostilité aux écritures « textuelles » et celle de plus vieille tradition au réel de l'homosexualité. C'est encore une fois ce qui s'est passé pour ce Journal d’un voyage en France.

Il y a eu quelques critiques favorables (dans Le Monde et Le Matin, par exemple) mais il s'est trouvé dans Les Nouvelles Littéraires (n°2791 du 11 juin 1981) un Jean-Louis Ezine pour s'acharner à l'éreintement tout au long de sa chronique qu'on croirait écrite pour Minute, avec l'homophobie la plus imbécile et graveleuse. Un extrait de cette prose ? « Ce pourrait être La France mode d'emploi si Renaud Camus, tournant dans l'hexagone comme un fauve en cage et son naturel reprenant le dessus, je veux dire le dessous, ne donnait surtout l'impression de tourner inlassablement autour du trou de son c…, auquel il abouche à toute force ses lecteurs et ses compagnons de rencontre, ceux-ci ayant au moins sur ceux-là la liberté de ne pas consentir. Aucune fatuité ne semble désarçonner le mignon, qui écrit à cheval sur son bidet. » Sic.

Qui est malade ? Il est inquiétant de lire un tel symptôme dans une feuille prêchant par ailleurs la démocratie et un certain progressisme : c'est laisser jouer sur le papier-journal cette hystérie anti-homosexuelle la plus communément répandue et pas toujours refrénée. Toute proportion gardée, les petits jardins des lettres sont aussi AYOR que ces parcs où l'on se fait encore assez souvent assassiner.

En fait, le sexe occupe dans le Journal… sa place juste, juste la place qu'il occupe dans le réel.

Quoi d'étonnant à cela, quand Renaud Camus revendique un « réalisme absolu » qui porte et sur le récit et sur l'écriture : « Temps court, d'abord, dates limites d'un “journal” : 15 avril-15 juin. Le choix de cette période, avec celui du genre “journal” et du cadre “France” a été premier dans l'idée de ce livre. » Mais là plus encore que dans ses romans, il peut laisser proliférer une érudition perverse : son « sentiment géographique », pour reprendre le titre du récit, si beau, de Michel Chaillou, est purement culturel et tout archaïque : lié à des noms, à des associations souvent erronées, à des souvenirs de lecture, à des épisodes historiques, des anecdotes familiales, des visages qui s'estompent, d'« intimes vésanies ». Lié aussi à Flaubert, à Stendhal, au Barthes des Mythologies et au « cher Larbaud ».

Les moyens de passage du désir sont multiples, et singulières les sautes de discours qu'occasionnent les événements de l'humeur ou réel, pour dire la « cohérence échevelée du monde », pour de vrai.

Chaque lecteur trouvera dans ce gros volume celles des pages qui lui seront fastidieuses et celles qui le raviront. Les caprices de notre voyage ne seraient peut-être pas les mêmes, mais le plaisir pris au texte ravive le désir voyageur.


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