Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Campagne de France (Journal 1994) »
page 80

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«
   Puis, même soir, autres pipeaux : l'orgie – mais les bacchantes y
prospèrent aussi bien.
 
   L'orgie est un des grands moments lyriques de l'existence. J'ai eu
deux vits dans la bouche en même temps. Alentour, ce n'étaient que
caresses, étreintes, mains voltigeuses elles aussi, râles, soupirs, jets de
semence à fendre l'air.
 
   La scène est dans une cave de pierre, au coeur du vieux Paris. Les
latrines ne sont pas très loin, convenons-en. Tout l'homme en une seule
érection de lui-même. S'ils m'aiment, ce Bordelais, cet Abkhaze ? Non,
ni ne leur plais-je bien fort, il me semble ; un autre ferait aussi bien
l'affaire, à leur gré. Tout leur désir est l'un pour l'autre, peut-être. Mais
comme ils sont de nature on ne peut plus barricadée – le Caucase, la
province française –, je leur sers de truchement.
 
   Ils ne font que se prêter. Or c'est un fameux prêt tout de même, au
moins pour moi, et pour pas mal de courtisans, qui tendent vers eux
tout ce qu'ils peuvent.
 
   Tous deux sont velus au possible. L'un est fort comme un Turc, tout
en beaux muscles ronds que les doigts et les lèvres ne veulent pas
quitter. L'autre, le Turc, plus maigre, a une tête magnifique, et un torse
où dans les poils noirs je ne vois plus mes ongles, ni bientôt mes
phalanges.
 
   Nous jouîmes, nous bûmes, nous parlâmes. Je raccompagnai
l'homme du Caucase à son hôtel. De tout cela il ne reste rien, sinon
cette ferveur de la peau qui se souvient ; et ce plaisir à hurler, de temps 
en temps, qui sait bien qu'il n'est pas oubliable, puisqu'il nous précède
dans notre propre conscience, depuis quand ?
 
   Nous ne faisons jamais que le reconnaître. Ici, dit-il, dans le vrai lieu.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus