Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Éloge du paraître »
page 77

Voir la description du livre

«
 L'esthétique dit la vérité de l'être.

 De tout ce qui nous permet de nous
former une juste opinion des êtres et des
choses, des idées, des partis, des sectes, peu
d'éléments sont d'aussi bon secours que les
signes d'ordre esthétique qu'émettent ces
divers objets d'observation, ou qui leur
sont associés.

 Une couverture dit beaucoup d'un
livre, une affiche dit beaucoup d'un film,
une enveloppe dit beaucoup d'un homme,
une invitation dit beaucoup d'une fête ou
d'une galerie d'art, une iconographie dit
beaucoup d'une religion : et je ne pense
pas tant ici à la matière de cette iconogra-
phie qu'à son niveau de qualité – ainsi les
églises chrétiennes ne laissent nulle part si
cruellement paraître leur degré d'épuise-
ment idéologique et spirituel que dans
l'insigne médiocrité de leur production
artistique, surtout vernaculaire : elles ont
été l'art roman, l'art gothique, Bossuet, les
passions de Bach : elles sont les banderoles
de papier coloré, qui déshonorent les plus
beaux lieux de culte ; des refrains de patro-
nage ; et des slogans gonflés de pieux bon
sens.

 On peut toujours manipuler le sens,
et faire illusion grâce à des phrases – à la
substance des phrases, à leur message
apparent, à leur sens prétendu : l'art, ou la
seule esthétique, rétablit d'un coup la
vérité.

 Des sectes dépensent des fortunes, et
des trésors d'ingéniosité, pour séduire des
cohortes toujours plus nombreuses de
chercheurs de lumière. Ceux qui s'inter-
rogent sur l'éventuel degré d'intérêt intel-
lectuel, moral, ou mystique de celle-ci ou
de celle-là. que n'en jugent-ils par les
mises en page de ses dépliants, par la
« maquette », par le choix des caractères et
des illustrations ?

 Ou bien nous passons des heures en
discussions philosophiques, voire esthé-
tiques, avec un inconnu. Or voici que,
pour le débat suivant, il nous invite chez
lui. L'appartement parle plus clair, en
général, que trois heures ou trois mois de
hauts échanges. Ainsi c'était donc cela ?
Est-ce que la substance ultime du juge-
ment de notre ami sur Hobbes, ou sur
Julien Gracq, ou même sur Hugo Wolf, ce
n'est pas cette affiche de Cremonini, dans
le couloir d'accès de son « séjour » ?

 On se donne bien du mal pour décor-
tiquer les arguments d'un tel sur Mozart,
ou sur Kounellis. Vain labeur. Car ce qui
exprime le plus clairement la teneur de ses
opinions, c'est sa cravate. Le fond de sa
pensée c'est sa gourmette.

 Les apparences, elles, sont honnêtes.
Elles n'ont rien à cacher, puisqu'elles sont
tout entières dans le visible – rien à cacher,
veux-je dire, de leur vérité d'apparence. Tel
qui ne se mêle que de décrire ce qu'il voit,
celui-là peut parfaitement avoir la certitude
de ne s'écarter jamais du vrai. C'est seule-
ment quand il se risque à l'interprétation
qu'il court le danger d'erreur. C'est seule-
ment si l'on se mêle de les faire parler de
l'être que les apparences peuvent se mettre
à tromper. L'être est par excellence le ter-
rain du mensonge.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus