Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Éloge du paraître »
page 96

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«
    Le paraître est un scepticisme (et
pourtant un idéalisme, une utopie). S'il
admet que les choses et les êtres ne
paraissent pas exactement ce qu'ils sont,
c'est parce qu'il ne croit pas qu'ils le
soient, ou pas seulement. Il y a plus dans
l'être que l'être : voilà ce que serait sa
conviction. Ce plus, ce jeu, il l'appelle la
littérature, certains jours, le désespoir ou
la grâce ; d'autres diraient le théâtre, aussi
bien, la religion, l'espoir, le hasard ou la
philologie. Toutes vertus peu gauliennes,
au demeurant, qui commencent leurs dis-
cours à peu près de la sorte : « Les choses
n'étant pas ce qu'elles sont… »

    Ce tertre, tenez : la sieste d'un dieu.

    Cela dit, lui n'est sûr de rien : pas
même de ce jeu, de ce branle, entre l'être
et l'être, entre la terre et la mythologie,
entre la volonté et le temps. Il les désire,
voilà tout. Le paraître est un désir. Le
paraître est un désir d'être. Le paraître est
un désir d'être au monde.

    Les moralistes avaient raison : le
paraître est amour du monde. Mais ils
n'avaient pas dit que le monde fût aussi
un beau soir de juin sur la Charente, la
coupe heureuse d'une phrase, ce siège de
pierre dans l'embrasure de la fenêtre, ou
la musique de Frédéric Chopin.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus