Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Éloge du paraître »
page 105

Voir la description du livre

«
    Le paraître n'est pas la morale la plus
haute, loin de là. Aussi bien n'est-il pas à
soi seul une morale. Dans un processus
éthique, il n'est qu'une étape. Mais il est
une étape indispensable.

    La morale est éminemment bath-
mologique – le jeu des degrés : oui, non,
oui, non, oui, non, et de nouveau oui ;
mais le oui du septième degré n'est pas
le même que le oui du cinquième, même
s'il semble coïncider exactement avec
lui ; il occupe le même emplacement,
c'est vrai, mais à un autre niveau de la
spirale.

    Il en va de l'être et du paraître
comme de Paris et de la province, pour
un Français (ou bien disons pour un
« intellectuel » français). Mettons que la
province soit l'être et Paris le paraître, son
nom y prête : c'est le plus éculé de tous
les stéréotypes (on sait bien qu'en fait il
n'y a de vraie solitude qu'à Paris, et que
rien n'est plus « social » que la province,
où il est beaucoup plus difficile de
brouiller ses traces, et beaucoup plus ardu
d'échapper aux invitations à dîner) ; mais
comme tous les stéréotypes, celui-ci
raclera bien pour nous un petit vieux fond
de vérité, un peu rancie. Eh bien, ce n'est
pas tout à fait pareil de faire l'éloge de la 
province quand on ne l'a jamais quittée,
en deçà de Paris, en somme – ce qui
implique toujours, peu ou prou, une
espèce d'amertume, de soupçon qu'on a
peut-être raté quelque chose, et de para-
noïa pour le coup un brin fastidieuse –,
ou bien quand on a décidé d'y revenir
après un plus ou moins long séjour pari-
sien, en connaissance de cause, en quelque
sorte.

    Ainsi de l'être et du paraître. On sent
bien que l'être, le plus-être, est évidemment
l'objectif. Or justement, c'est un objectif,
une fin. Il faut éternellement aspirer à lui ;
mais pour y tendre, il faut d'abord l'avoir
quitté. L'être originel est massif, balourd,
envahissant et niais. L'être d'après le
paraître devrait être intellectuellement 
détaché et humainement sensible, courtois,
généreux et libre. Le paraître est la grande
école de l'être.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus