Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Élégies pour quelques-uns »
page 46

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«
    Les Elégies, donc : encore n'entrent-elles guère, elles
non plus, je dois me le répéter, dans l'esprit du lieu, ni dans
les exigences de l'heure. Comment les imaginais-je en effet,
quand j'y pensais d'abord ? Comme une célébration de la
rencontre amoureuse, entre les jeunes hommes, un panégy-
rique des carrefours qui les font se croiser, se connaître et
s'aimer, un éloge des villes, des paysages, des voyages, de
toute la géographie qu'un visage éclaire seul et résume, un
corps, un sourire, un prénom, un soupir. Or, à ma grande
surprise, et contrairement à mes souvenirs autant qu'à mes
espérances, Rome ne vérifie pas pour moi, dans cette
occurrence-ci, quand pour la première fois j'y séjourne
longuement, cet accord joyeux des regards et des ciels, de la
lumière et du désir, de l'espace et du sentiment, où j'ai
pourtant éprouvé dans l'éblouissement, depuis toujours et
que j'aime les garçons, la plus émouvante approximation du
bonheur. Est-elle trop vieille, suis-je trop vieux ? Ses beaux
jardins le soir sont quasiment déserts, le fantôme de l'affreux
Néron demeure à peu près seul à hanter les entours de la
Maison Dorée, personne ne vient s'asseoir à mes côtés sur
le bord des fontaines, et s'il arrive – moins souvent que je
ne l'aurais cru – qu'un enthousiasme me prenne, dans la rue, 
au croisement d'un inconnu, presque toujours il va son 
chemin sans me voir. Quant aux lieux de rencontre – car on
ne saurait dire d'amusement – que propose le commerce,
bars ou « discothèques », ils sont sinistres. La capitale du
catholicisme, étriquée, pudibonde, sans gaieté, n'est pas du
tout l'endroit propice, en 1987, à vous inspirer des chants
en l'honneur du plaisir et de l'amour achriens ; sauf des
chants nostalgiques, peut-être, qui diraient le regret de terres
plus voluptueuses, plus souriantes, plus libres et plus ten-
dres.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus