Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Élégies pour quelques-uns »
page 63

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«
    Face au faux Sol Le Witt une assez large baie, haut
placée, regarde à travers les branches une autre maison-tour,
le pavillon de San Gaetano, qui fait l'angle du parc avec la
villa Borghèse, et qu'ont habité Ingres, Falguière, Henri
Regnault : des plaques de marbre en témoignent. Mes amis
Goux l'occupent actuellement. Ils sont très fiers, à juste
titre, du panorama dont ils jouissent sur la ville. Il est, c'est
vrai, plus vaste que le mien. Il est aussi plus sec à mon gré,
pour la même raison, qu'il n'est pas serti de feuillages.
Surtout, il ne porte que sur un côté. C'est mon grand
argument, quand nous nous amusons à rivaliser d'enthou-
siasme, mes voisins et moi, pour nos résidences respectives,
comme si nous en étions les propriétaires, quand bientôt
nous devrons les quitter pour toujours. De ma chambre, je
vois tout Rome, mais aussi je suis parmi les arbres. C'est
qu'en face des fenêtres qui regardent la ville une autre grande
baie, par-dessus mon lit, quadrille les troncs penchés des
pins parasols, rouges, ocres, dorés ou noirs selon l'heure,
gigantesques ombres chinoises sous la lune, comme les
branches qui s'en écartent vers les hauteurs, et leurs couron-
nes déployées. Si je vais du lit jusqu'à la table ou bien
jusqu'aux rayons de livres pour y chercher une phrase, une
image, la confirmation d'une allégresse, sa syntaxe ou sa
ponctuation, je marche par-dessus les toits, les terrasses, les
altanes et parmi les coupoles ; mais j'avance aussi parmi les
ramures, les frémissements et les touffeurs d'un Eden silen-
cieux, aimé des hirondelles et des engoulevents, désert,
peuplé de pierres dressées aux visages sibyllins, forestier
vers les hauts mais tiré près de terre au cordeau, dont libre
à moi, son veilleur enchanté, de rêver un moment qu'il est
le monde.

»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus