Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Élégies pour quelques-uns »
page 81

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«
   « Toute caresse, toute confiance se survivent » : voilà ce
que j'ose espérer, et qu'il me semble avoir jusqu'à présent
vérifié. On remarquera que le poète, lui aussi, met la caresse
avant la confiance. Mais il ne les dissocie pas. D'heureuses
dispositions érotiques et sentimentales (ou que je juge telles
parce que ce sont les miennes, admettons de l'envisager)
m'ont fait associer, toujours, le plaisir et l'immédiate affec-
tion, la reconnaissance peut-être, la tendresse, un amour
épars. Je n'ai pas eu besoin d'être amoureux, certes, comme
d'aucuns, et surtout des femmes, soutiennent qu'ils doivent
l'être, pour éprouver la volupté ; mais elle m'a toujours
inspiré, pour peu qu'elle fût partagée dans la douceur,
l'amusement et la facilité, des sentiments qui étaient
d'amour, oui, et qui le demeurent. C'est dire une fois de plus
que m'est totalement étrangère, indifférente ou vaguement
rebutante, même si par libéralisme je la respecte chez les 
autres, à condition qu'ils n'y contraignent personne, toute
érotique de la violence, de l'animosité soit-elle jouée, de la
douleur infligée ou subie. Je ne comprends rien à tout cela.
En ce qui me concerne, foin des coups, des morsures et
pincements. Et puisque Eluard ne recule pas devant le mot,
je n'en craindrai pas non plus l'obscène fleur bleue : ne me
plaisent que les caresses. Elles ont seules le pouvoir de
fondre en une jouissance unique, la plus intense, les deux
passions jumelles qui me font vivre, celle des garçons, celle
des lieux. La plus belle des cartes du monde, c'est celle où
les continents sont des sourires, où les provinces sont autant
de prénoms, où les villes ont des yeux d'amants, des torses,
des voix, des cœurs même s'ils nous oublient. In Ispagna son
già mille e tre. Sans doute. Mais (outre que nous en sommes
loin), Don Juan n'aime pas ses « conquêtes », et ne songe qu'à 
les abandonner, les tromper, les mépriser ; tandis que nous
ne conquérons rien – comment le pourrions-nous, si seule-
ment nous le souhaitions ? –, ni personne. Le même baiser
qui fonde pour nous la cité nous y dilue, la même jouissance 
qui bâtit la maison nous y dépouille encore de notre consis-
tance empruntée, la plage qui s'offre à nos étreintes n'en
garde que le sable où nous nous sommes en criant répandus.
L'équinoxe effacera les traces. Nous n'aurons souhaité rien
d'autre, sauf de faire plus harmonieusement résonner ce
vide, notre absence, notre plus solennelle « résidence
sur la terre ».
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus