Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Du sens »
page 390

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«
    Ces précautions prises, il serait dommageable de tomber dans l'excès
inverse. Antoine Spire, lors d'un débat télévisé, m'a reproché de citer
Christian Boltanski comme exemple d'“artiste juif”. Quest-ce qui me
permettait, voulait savoir Spire, de dire que Boltanski était un “artiste
juif” ? Je serai tenté de répondre : que ce soit vrai. Évidemment il serait
totalement imbécile de réduire Boltanski et son art à une judéité qu'ils
transcendent de toute part. Mais il serait tout aussi stupide, sinon plus, par
dogmatisme ou je ne sais par quel purisme idéologique, d'exclure cet élé-
ment de l'interprétation et de l'appréciation de son œuvre. Il y a beaucoup
à comprendre et à aimer, chez Boltanski, qui n'a strictement rien à voir
avec la judéité ; mais on se priverait d'une voie essentielle à son
univers si on refusait de le considérer comme étant aussi, et parmi beau-
coup d'autres qualificatifs possible, un artiste juif.
    Si l'on passe à Celan, par exemple, le cas est encore plus manifeste.
Celan n'est jamais tout à fait intelligible, mais il deviendrait complète-
ment incompréhensible si on prétendait l'appréhender en dehors de sa
condition de Juif et de poète juif. Moyennant quoi il est sans doute le
poète de la seconde moitié du XXe siècle dont l'œuvre atteint le mieux à
un statut d'universalité ; soit qu'une forte inscription dans l'origine,
quelle qu'elle soit, soit indispensable à l'universalité, soit que le rapport
juif à l'origine ait quelque chose à voir, spécifiquement (et surtout au
XXe siècle, après Auschwitz), avec l'universalité et la condition moderne
d'habitant de la terre et de passager du temps¹ ; soit encore que le carac-
tère d'universalité et d'éloquence pour tous (si paradoxale en une œuvre
si peu éloquente et si difficilement ouverte à chacun) procède d'un rap-
port impossible à une origine dérobée, présente-absente (Celan serait
notre poète parce qu'il serait le poète de la fin des origines, de ce grand
saut où nous sommes contraintes, premiers à n'être plus les héritiers des
morts).


1. Primo Levi était certainement le mieux placé (si l'on ose dire) pour voir en Celan (qu'il n'aborde pas sans de graves réserves) le rapport unique à la fois à “Auschwitz” (à Auschwitz comme nom générique du désastre juif) et à l'universalité : « Je pense, quant à moi, que le poète Celan doit bien plutôt être médité et pris en compassion qu'imité. Si son message est un message, celui-ci se perd dans le “bruit” : il n'est pas une communi- cation, il n'est pas un langage, tout au plus est-il un langage obsur et manchot, tel celui de qui va mourir, seul comme nous le serons tous à l'agonie. » “De l'écriture obscure”, in Le Métier des autres, traduction de Martine Schruoffeneger, Gallimard, 1997, p. 75.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par VS.