Photo © Renaud Camus
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Extrait de « L’Élégie de Budapest »
page 320

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«
Mais surtout le voyageur éprouve une sorte de plaisir passablement 
âpre à n'être sûr de rien, le plus longtemps possible, 
dans ce pays dont il ignore tout. Ce n'est pas de l'obscurantisme, de sa part, 
ni volonté d'aveuglement; c'est désir de réduire un moment 
les signes à leur unique présence, à leur seule existence 
matérielle, à la matité de leur énigme; et de jouir 
des hypothèses qui se proposent. L'opacité sans pareille de cette 
langue le seconde à merveille dans ce dessein. Toutes ses surs d'Europe 
vous parlent un peu, du moins de ce dont elles parlent, même quand on n'a 
pas la moindre idée de ce qu'elles disent vraiment; celle-ci, justement 
parce qu'elle n'est pas une sur, et quoi qu'elle s'écrive avec des 
caractères familiers qui vous permettent de lui donner figure, et 
même une sorte de son, ne laisse rien filtrer de ce qu'elle vous raconte. 
Même les noms propres, qui peuvent ailleurs servir de repères, sont 
ici passés dans une espèce de broyeur, qui ne laisse rien 
subsister de ce qu'ils avaient pour nous de familier. Qui donc saurait 
reconnaître à première vue la douce Sissi dans Erzsrebet, 
qui pour nous n'évoque guère, avec la nudité de Paloma 
Picasso dans un film vanté par Mandiargues, je crois bien, que des bains 
de beauté dans le sang des vierges égorgées? Quel jeu de 
musical chairs des lettres a pu faire du Danube la Duna? Sans compter, 
dépaysement supplémentaire, le traditionnel renversement des noms 
et des prénoms. Et ce peuple, loin de s'en affliger, paraît jouir 
du mystère où l'enferme la parfaite inintelligibilité de 
son idiome national; dans les musées, par exemple, rien n'est jamais 
traduit, sur les cartouches, en une langue un peu plus répandue, que ce 
soit l'anglais ou l'allemand, pour ne rien dire du français, qui n'a dans 
ces parages, pas la moindre existence.

Nekem az a dolgom, répond l'interrogé, hogy azonoitsak 
egy embert a meglevö adatok, kepek, leirasok ès as feltart leletek 
alalpan. Mint magyar ember, azt szeretnem, ha Petöfi Sandor Segesvarom 
lenne eltemetve.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par VS.