Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Roman Roi »
page 76

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«
De sa mère Roman sait, comme tout le monde, mais par une science aussi 
ancienne que lui-même, et peut-être plus, qu'elle est malheureuse, 
d'un amour qui se confond pour elle avec le malheur, qui est fait de la 
même matière que lui, qui a la même couleur. Sa mère 
habite le malheur, qui la distrait du monde. Elle ne s'en échappe que 
rarement, brièvement, par tentatives désespérées. 
Elle s'inquiète alors de Roman, elle demande où il est, elle court 
après lui, où qu'il soit, elle lui ajoute des vêtements, un 
chapeau, une écharpe, plus tard elle lui interdira de s'approcher des 
fenêtres, des escaliers, des bassins, des étangs, du fleuve, des 
rochers, des balustrades, elle le prendra violemment dans ses bras, elle le 
caressera, elle le bercera, elle l'embrassera.Mais toujours, au milieu des 
effusions les plus chaleureuses, l'ombre du malheur la rejoint, la glace. Elle 
tombe en distraction. Elle tend l'enfant à sa nourrice, à une 
servante, à un jardinier, à un garde-chasse, à n'importe 
qui, elle l'abandonne, elle retourne en courant vers la forteresse noire 
où elle se tient tout le long du jour.

Quelquefois elle accompagne sa tante, la princesse Marie-Amélie, dans ses 
visites aux familles nécessiteuses de la vallée. Elle est douce, 
simple, très généreuse. Elle ne craint ni l'ennui, ni la 
contagion, ni la saleté. Mais l'exercice de la charité même 
n'est pour elle qu'une permission, qui peut être suspendue  à 
n'importe quel moment. Un mot qui fait naître un souvenir trop cruel, une 
image dévastatrice y suffisent, et ne sont même pas 
nécessaires. Alors, dans la salle d'une chaumière sur la Saudad, 
elle est reprise par sa passion. Elle ne parle plus, elle n'entend plus rien. On 
l'a vue s'enfuir en larmes de cours de ferme, bousculer des barrières, 
sauter dans l'automobile ou la carriole qui l'avait amenée, et laisser 
seule, sans voiture, sa tante parmi les paysans médusés.

Rentrée au manoir, elle reste des heures dans son appartement, les volets 
à demi clos. Tous les jours elle fait une longue sieste, mais sans 
dormir. Elle demande le silence sous ses fenêtres. Elle sort au coucher du 
soleil, vêtue d'un long manteau imperméable à la ceinture 
lâche et d'un chapeau cabossé, toujours le même, elle marche 
dans la forêt jusqu'à un rocher escarpé qu'elle aime, rentre 
à la nuit noire. Il lui arrive alors de désirer voir son fils, 
même s'il dort déjà. Elle le réveille, elle le sort 
de son lit, elle le couvre de baisers, elle lui raconte ce qu'elle a vu dans les 
bois. Puis elle s'enfuit dans sa chambre.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par VS :
Marie, mère du roi