Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Extrait de « Roman Roi »
page 273

Voir la description du livre

«
    Le maître n'a pas dix ans de plus que son élève, et pourtant il 
lui offre un monde. Jan ne connaît que l'appartement caverneux de la rue 
Döneck, les sacristies de Saint-Cyrille, le chemin qui le mène à son 
école et qui l'en ramène. Pierre a été soldat au Maroc, 
précepteur d'un fils du Glaoui, agent commercial à Lisbonne, 
secrétaire d'un cardinal à Rome et même du sous-préfet de 
Florac, ce qui éblouit plus que tout son disciple fasciné. Pierre c'est la 
poésie, c'est l'aventure, c'est l'imprévisible. Il habite une chambre sous 
les toits qu'il a aménagée en tente berbère et, vêtu d'une 
gandoura, il y offre du thé au jasmin en jouant avec un grand sabre incrusté 
de nacre, à poignée d'argent, que lui a offert, prétend-il, le 
maréchal Lyautey. Sa crémière est amoureuse de lui, elle lui monte 
à n'importe quelle heure des fleurs et de petits gâteaux au fromage. Il a des 
amis partout dans cette ville qu'il habite depuis moins d'un an. Dans les quartiers les 
plus divers, il tape sur l'épaule d'aristocratiques étudiants ou de jeunes 
ouvriers torse nu qui creusent un trottoir, et il échange des clins d'il 
chaleureux avec de fringants officiers de la Garde. Il connaît les entrées 
secrètes de tous les théâtres, mais la plupart du temps il a des 
places gratuites pour les pièces ou les revues qu'il a envie de voir. Il marche 
continuellement, et il entraîne Jan dans d'interminables promenades le long des 
boulevards, dans des parcs, vers des guinguettes fleuries ou vers la forteresse d'Orback, 
ou bien jusqu'en rase campagne. Bientôt les deux jeunes gens ne parlent plus, entre 
eux, qu'en français. Pierre récite des vers ou déclame des pages 
entières de Chateaubriand, de Bossuet, de Flaubert ou même d'Edgar Quinet, 
que Jan finit par connaître aussi bien que lui :

    « Aujourd'hui comme au temps de Pline et de Columelle, la jacinthe se plaît 
dans les Gaules, la pervenche en Illyrie, la marguerite sur les ruines de Numance et 
pendant qu'autour d'elles les villes ont changé de maîtres et de noms, que 
plusieurs sont entrées dans le néant, que les civilisations se sont 
choquées et brisées, leurs paisibles générations ont 
traversé les âges et sont arrivées jusqu'à nous, fraîches 
et riantes comme aux jours des batailles… »
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par VS.