Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Roman Roi »
page 410

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«
    Sa femme est morte il y a vingt ans ou plus, peut-être du chagrin causé 
par la perte de leur fils, Zeno, tombé sur la Piave en 1917. Lui, Zoltaÿ, 
n'est pas mort, et pourtant il donne l'impression de s'être en quelque sorte 
retiré de la vie; ou bien c'est la vie qui s'est retirée de lui, et la mort 
de son fils n'a été, dans ce divorce, que la pointe aiguë de la 
douleur, la plus profonde entaille, et la dernière. Zoltaÿ dépeint 
l'existence dans l'Europe d'avant 1914 comme quelque chose dont nous n'avons pas, dont 
nous n'aurons jamais, la moindre idée. Lui et les gens qu'il aimait, qu'il 
admirait, ne savaient pas ce que c'était qu'une frontière, les 
nationalités n'avaient pas de signification pour eux, pas d'autre en tout cas que 
de saveurs. Paris, Munich, Vienne, Petersbourg, Prague même, n'étaient que 
des villes-surs d'un vaste empire de l'intelligence, de la culture, de l'art, de la 
musique, que la bêtise menaçait seule. Et la bêtise, nul ne croyait 
alors qu'elle pût un jour l'emporter. Hoffmansthal, Rilke, Debussy, Rodin, Matisse, 
Nijinsky, Schnitzler, Klimt, Loos, Diaghilev, Apollinaire étaient quelques-uns 
seulement des héros qui, dans tous les domaines de l'esprit, marquaient ce temps 
comme celui du bonheur, de l'échange, de la « vivacité 
d'être » (c'est son expression, que je traduis comme je peux). Tout cela s'est 
effondré d'un seul coup. Et avec tout ce qui est venu par la suite, Zoltaÿ ne 
se sent plus aucun lien. Il n'appartient plus à ce monde-là, qui d'ailleurs 
lui semble aller à sa perte, lui aussi, courir vers une horreur que cet homme 
lassé ne veut pas voir, vers un avenir, à tout le moins, qui ne lui inspire 
aucune curiosité parce qu'il sait qu'il ne le comprendrait pas et surtout qu'il ne 
l'aimerait pas.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par VS.