Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Campagne de France (Journal 1994) »
page 247

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«
    Vendredi 29 juillet, dix heures et demie du matin. La majeure partie de
mes difficultés de rapport avec mon temps vient de la coïncidence que
j'observe, et que je relève (coïncidence tout à fait partielle, certes, mais
bien réelle et agissante) entre l'élévation morale, spirituelle, culturelle,
humaine en somme, et l'élévation sociale.
 
    Je ne veux pas dire, évidemment, que les personnes d'un statut social
plus élevé sont moralement supérieures aux autres, ça non. Mais je veux
dire – et il est peu de choses que l'époque soit moins disposée à
entendre et à supporter, alors que toutes les autres, ou peu s'en faut, ont
été de cette conviction somme toute banale, à l'échelle des siècles – que
le travail sur soi-même est un, et que l'effort d'élévation sociale ( au sens
classique, bien entendu, qu'il n'est pas question de confondre avec la
simple acquisition de biens, de privilèges ou de hauts emplois ) coïncide,
oui, en partie, encore une fois, avec l'effort d'élévation personnelle.
 
    Ce qu'ils ont en commun, c'est ce qu'on pourrait appeler pour
simplifier l'imposition de la forme. Le meilleur exemple est probable-
ment celui de la langue, comme d'habitude. S'élever socialement, c'est
faire un effort de langue, enrichir son vocabulaire, soigner sa syntaxe,
réfléchir sur ses façons de s'exprimer, se donner un meilleur instrument
de communication, mais aussi de réflexion – toutes pratiques qui sont
au coeur du travail sur soi-même.
 
    Cette coïncidence partielle est plus repérée qu'on ne pourrait le
penser, encore qu'il soit rare que quiconque en fasse état expressément,
tant la censure est vigilante et sévère, sur ce point, en société démocra-
tique avancée.
 
    Ainsi il est généralement considéré que critiquer le langage de tel ou
tel, ou ses manières, c'est porter atteinte à son statut social, procéder à
un rappel critique de ses origines de classe, tenir le discours dominant
d'une classe par rapport à une autre, moins favorisée. Et rien n'est plus
mal vu, bien entendu. C'est ce qui bloque la défense de la langue, de la
syntaxe, de la prononciation classique du français ou de tout forma-
lisme du comportement : quiconque s'y aventure tombe aussitôt sous le
coup des pires procès d'intention, où le débat, d'esthétique et moral
qu'il était, devient automatiquement social et politique, et se fait le
terrain d'un des plus puissants et des plus efficaces puritanismes idéolo-
giques de l'histoire.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus