Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Extrait de « Roman Roi »
page 496

Voir la description du livre

«
    Qui m'oubliera, moi ? Et qu'est-ce que j'abandonne ? Les os de ma mère ne sont pas 
enfouis dans cette terre qui ne flattera plus nos ombres hâtives, mais dans quelque 
charnier d'Allemagne ou de Pologne, dont je ne sais même pas le nom. Lorsque 
j'allais attendre à la gare Possenÿ, pendant l'été 1945, les 
trains fantomatiques qui ramenaient d'Auschwitz, de Ravensbrück ou de Dora leur 
cargaison sécable d'hallucinés de la survie, posais-je une question à 
leurs convoyeurs ils haussaient les épaules : « Homen, Homen, comment voulez-
vous qu'on sache ? Les livres n'étaient pas très bien tenus, vous 
savez… » Et quand une fois j'ai osé m'adresser à l'un des hommes de 
bure, il m'a dit : « Sarah Steiner ! Mon pauvre enfant, elles s'appelaient toutes 
Sarah Steiner ! » Pour m'éloigner de lui, j'ai prétendu que je 
comprenais exactement ce qu'il voulait dire, et je comprends maintenant qu'il ne voulait 
rien dire exactement.

    W. ? Dans la tourbe des marais de Polésie. Personne ne m'a aimé comme lui, 
même pas elle ; surtout pas elle, peut-être. Et qui s'indignerait de me voir 
rapprocher ici ces souvenirs et ces noms, il n'a pas entendu l'homme qui n'avait plus que 
les immenses yeux fixes de mes cauchemars et de ma peur de dormir, et que personne 
n'était venu chercher à la gare de Possenÿ. Même Tinit n'est pas 
enterré en Caronie, certainement. Son régiment a été 
broyé sous les bombes, en mars 1945, en Bohême. Les corps n'ont jamais 
été identifiés. On les a ensevelis sur place. Roman en a fait 
rapatrier un, pour lequel il a voulu qu'on creuse un tombeau, dans le domaine d'Arkel : je 
n'ai pas osé demander que ce fût près de la rivière.

    Moran, bien sûr ; mais dans le cimetière d'un village des environs de 
Nöm, où je ne suis jamais allé et qu'il avait quitté à 
dix-sept ans, sans le moindre regret, que je sache.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par VS.