Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Esthétique de la solitude »
page 173

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«
    Si le sentiment esthétique implique toujours un écart, une
distance prise à l'égard du sentiment général, et la revendica-
tion de l'autonomie de la sensation comme de l'expression,
seuls, alors, sont capables de servir la beauté du monde le
contre-temps, le contre-lieu, le contre-pied, la dissidence
intérieure et l'exil. Pour vivre en art, il faut vivre à rebours.
L'expérience de l'œuvre ou du lieu, pour l'amateur, est
certes la mesure d'une réciproque exclusion, mais sous
l'instance de cette aliénité radicale, de ce silence et de la
perte promise, s'opère, à peine paradoxale, une prise de
possession sans possession, une symbolique investiture
mutuelle, une union plutôt chaste, mais que l'on n'ose
appeler un mariage blanc, toutefois, car la volupté ne lui fait
pas défaut, bien loin de là : l'homme et l'œuvre, le voyageur
et le lieu, se méconnaissent solennellement pour ce qu'ils ne
sont pas tout à fait, mais qu'ils seront définitivement l'un
pour l'autre, en un instant changeant d'éternité : rien, ou
bien l'épicentre de la dispersion qui l'un et l'autre les
instaure. Si foudroyante que puisse être cette cérémonie
secrètement nuptiale, on conçoit qu'il lui faille quelque
majesté grave, serait-ce seulement afin que les fiancés
s'aperçoivent, se distinguent, et puissent se regarder dans
les yeux, sans être troublés par le flot sacrilège, indifférent,
donnant des coudes et bruyant de la foule. Pour le rétablis-
sement de cette intimité propice et de cette ferveur, la nuit,
dans nos rapports avec les villes, par exemple, les places,
les terrasses, les statues, les parcs quand ils demeurent
ouverts, ou qu'on peut en enjamber les grillages, la nuit fait
une alliée précieuse. Tout ce qu'elle investit, elle le stylise,
au point qu'on peut dire que la nuit, c'est le style : elle rend
à l'heure de sa dingnité, de leur noblesse aux gestes les plus
simples, à la rêverie du silence, du recueillement au regard,
de la sagesse au bruit de nos pas. […]
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus