Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Extrait de « L’Élégie de Chamalières »
page 83

Voir la description du livre

«
    Il n'y a plus gurère que les étrangers pour être de quelque part, 
aujourd'hui. Encore ont-ils tôt fait, à peine commencent-ils à se 
fondre parmi les gens du pays, d'être de nulle part comme tout un chacun. Ils 
habitent ces banlieues du monde, qui ne sont plus que l'ailleurs de rien, ivres seulement 
d'être semblables à tous les autres. De longue date, naître n'a plus de 
maison, seulement des hôpitaux. Les enfants, bientôt, ne connaîtront 
plus le prénom de leur grand-père ni l'âge de leurs parents, qui leur 
paraîtra se fondre dans un flasque néant d'avant la réalité, 
c'est-à-dire d'avant leurs premiers souvenirs. Ils ne seront sûrs que de leur 
station sur le réseau régional, du nom de fleur, de martyr de la 
Résistance ou de poète chilien de leur « résidence », du 
numéro de leur bloc et de la lettre de leur escalier. Ils ne sauront comment 
appeler les morts, qui donc ne leur parleront plus. Ils seront obligés de se 
créer leurs propres morts, qui donc ne seront plus leurs ancêtres mais des 
frères, des amants désenparés, toujours plus proches, toujours moins 
clairs (pour toute enigme du sort, un simple borborygme) ; et qui n'auront eux-mêmes 
à leur disposition, pour vivre leur vie de morts que les entrailles de vivants, 
leur sang pâle, leurs membres noués, leur pauvre mémoire en friche, 
ignare et cependant versatile : car il n'existera plus de terre que nous puissions dire 
terre des morts ; plus d'espace entre les chemins, plus de campagne entre les villes, plus 
de mystère entre les êtres, plus d'arbitraire entre les mots, plus de nuit, 
plus d'injustice, plus de liberté, plus de vide.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus