Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Discours de Flaran »
page 18

Voir la description du livre

«
    Si la poésie est inadmissible ou put
paraître telle, après les camps de la mort,
c'est que toute parole est passée par la
bouche des bourreaux. C'est que toute
idée de la beauté classique, ou toute idée
classique de la beauté, fut aussi leur idée
et aussi leur beauté. C'est qu'ils ont inter-
prété mieux que quiconque non seule-
ment Wagner ou Richard Strauss, mais
Mozart et Schubert. C'est qu'ils ont
porté aux nues non seulement Nietzsche
ou Karl Schmidt mais Rilke, et Goethe
lui-même, jusqu'à Hölderlin. C'est que
notre humanité – voici l'inhabitable, pour
la pensée et ce qui la rend impensable –
est la même que la leur. C'est que les gar-
diens des camps étaient d'excellents
pères de famille, de parfaits camarades,
des maris comme les autres : Boltanski
nous les montre à la taverne, ou bien en
famille, tout souriants près de l'arbre de
Noël, le petit dernier dans les bras. C'est
que le sens a construit les camps, aligné
vers eux les voies ferrées, trouvé la for-
mule meutrière des gaz, justifié l'injusti-
fiable, et pendant ce temps composé des
poèmes, écrit des opéras, organisé des
expositions d'art. C'est que tout sens est
compromis, que toute image est souillée,
que toute beauté est salie, que tout être a
honte de se montrer.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus