Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Campagne de France (Journal 1994) »
page 21

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«
   Samedi 15 janvier, dix heures du matin.
   […]
   Ma rêverie éveillée, trop éveillée, est semblable à la phrase qui
précède, et à toutes mes journées : elle essaie de faire tenir ensemble
trop de choses. Aucun espoir de recouvrer le sommeil dans ces condi-
tions. Je me lève donc, épuisé, et me remets à mes révisions de texte.
   Je suis alors assis, comme maintenant, à ma grande table dans la
bibliothèque. A ce moment-là, dehors, il fait nuit noire. Je n'ai allumé
que la lampe de mon bureau, je ne distingue pas l'autre extrémité de la
pièce, en face de moi. A travers les hautes croisées qui percent les murs
d'un mètre et demi d'épaisseur, on ne voit que l'impossibilité de rien 
voir. Puis, très progressivement, cette opacité se fait matière, palpable
noirceur. On distingue qu'il y a là de la campagne, même si de cette
campagne on ne distingue rien. Plus tard encore, le noir vire au bleu.
Enfin cette masse d'invisibilité tourne au gris, et ce gris – c'est le
moment exquis – se frange d'un rose que la peinture n'a jamais connu,
sauf peut-être en de certaines perles, qu'arborent les femmes de
Tiepolo en tendant leur gorge vers Télémaque, ou vers Renaud.
 
   Le faîte des arbres est en ombre chinoise, alors. Plus bas, rampante
comme un dragon percé d'une flèche, la nuit vaincue. Plus haut, toutes
les montagnes blanches. Bénie soit la fatigue, qui met les nerfs à fleur
de peau, et soumet tout le corps à ce que lui offre le regard, et qu'il
reçoit comme une caresse, la caresse de l'aube.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus