Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Derniers Jours (Journal 1997) »
page 249

Voir la description du livre

«
On m'a transmis dans l'enfance une « grille de lecture » du monde qui est tellement 
archaïque aujourd'hui, tellement abandonnée de toute part, si mal 
accordée à la pensée et au sentiment dominants, que d'y rester en 
grande partie fidèle ne me vaut et ne me vaudra que des ennuis, et d'abord une 
grande solitude intellectuelle ou idéologique qui n'est que le reflet de la 
solitude amoureuse.

Je date d'avant la société sans classe – si tant est que ce soit bien 
cela, ce qui s'est instauré entre temps : d'avant la société, 
plutôt, où les différences de classe se réduisaient ou peu s'en 
faut à des différences de niveaux économiques, tandis qu'un vaste 
mouvement unificateur s'est produit dans tous les autres champs, et que la pensée 
égalitaire en place, au moins officiellement, répugne à faire appel, 
hors sociologie, à des considérations de milieux d'origine ou 
d'appartenance. Dans le système que j'ai hérité des livres que j'ai 
lus autant que de ma famille, les hommes sont des prolétaires, des paysans, des 
petits bourgeois, des bourgeois , des grands bourgeois ou des aristocrates. Ils sont aussi 
cultivés ou pas, raffinés ou non, urbains ou mal dégrossis.

Beaucoup plus qu'à leur fortune ou à leur situation, leur degré 
d'élévation dans l'échelle sociale se mesure à leur niveau de 
connaissances, à leur langage, à leurs manières et à leurs 
goûts. Selon des critères tout à fait voisins, ou les mêmes, se 
mesure leur degré d'élévation dans l'échelle humaine. Or c'est 
bien là que le bât blesse. Selon ce système, se cultiver, se raffiner, 
se rendre plus urbain, plus courtois, plus délicat de sentiment et d'attitudes, 
c'est se rendre plus précieux humainement, et aussi s'élever socialement. Or 
cette coïncidence n'est plus admise par personne, de manière publique en tout 
cas. Je n'arrive pas à me départir tout à fait, malheureusement, de 
la foi en sa validité, au moins partielle. L'ennui, avec cette « grille de
lecture », c'est qu'elle continue à être pertinente, dans une large 
mesure, alors que je suis l'un des derniers à m'y référer, et qu'elle 
passe à la ronde pour ridicule à force d'être fausse, inadmissible 
à force d'être idéologiquement marquée.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus