Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Retour à Canossa (Journal 1999) »
page 194

Voir la description du livre

«
    Je suis sûr qu'il y a des gens, des hommes et des
femmes, des étrangers, qui ont choisi de vivre à Venise
comme j'ai choisi de vivre à Plieux, par élection particulière
plus ou moins judicieuse, par orgueil, par masochisme, par
surestimation de leurs forces, par une sourde impatience de
la mort. La seule vie qui batte ici est celle du tourisme
industriel, et elle n'anime qu'une part infime du territoire,
une part très limitée du temps, des heures de la journée et
des mois de l'année. Tout le reste appartient à la mort, à la
mort vivante, à la mort choisie, au retrait, à la solitude,
au froid, à l'humidité, à l'enfoncement dans les eaux, à la
pourriture en marche. Puisque la vie ne veut pas me donner
ce que je croyais devoir me revenir naturellement, puisque
l'amour ni la gloire, ni le bonheur ni la fortune ne s'offrent
à moi, j'habiterai ce château des quatre vents assiégé par la
boue, ce palais rongé par la lèpre au profond du Canna-
reggio, ces pièces glaciales dont on ne saurait chasser
l'ombre quoi qu'on fasse. Mais la vie est comme l'objet
d'amour dont parle Dominique Noguez, et qui ne nous
rend pas notre amour : comme il ne nous aime pas, notre
bouderie à son égard est sur lui sans la moindre prise. Nous
ne téléphonons pas, nous nous enfermons à Plieux, nous
louons pour la vie une chambre à la semaine, nous consa-
crons toutes nos économies à l'achat d'un appartement aux
plafonds à six mètres du sol, sur la fondamenta Briati ou
face à Saint-Alvise. Mais la vie ne remarque rien de cette
froideur appuyée que nous lui marquons. Elle s'en bat l'œil.
Vient octobre, Noël arrive, nous sommes en février, il pleut
continuellement, il fait trop froid pour rien entreprendre, il
est trop tard pour revenir en arrière, nous serions ridicules
à nos propres yeux. Et il n'y a que la mort pour se frotter
les mains, enchantée de ce bon client qui attend devant la
boutique, alors qu'elle n'a même pas soulevé son rideau.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par VS.