Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Campagne de France (Journal 1994) »
page 333

Voir la description du livre

«
    Dimanche 18 septembre, midi. Une riche journée, hier. En voyage en
l'air matinal, on ne peut plus au point, avec le gendarme Eliézer.
Colloque national de Lectoure sur l'aménagement du territoire : j'y
entends une communication de mon haut protecteur, monsieur B., sur
les idées politiques et l'espace rural depuis la Troisième République,
puis une autre, d'une dame, sur Joseph de Pesquidoux. Déjeuner avec
monsieur B. et le sénateur Castaing. Entraînation dans un mariage à
l'hôtel de ville, au bord duquel figure « le loup », et petite conversation
avec lui, en majeur partie sur son métier. Puis petite conversation sur
lui avec le sénateur-maire, que je fais délicatement parler, et qui sait
tout de tous ses administrés (mais enfin, tout cela, quoique assez
excitant pour l'esprit (depuis le temps que je le vois et qu'il me plaît, ce
loup…), n'ouvre pas grand-porte…).
 
    Ensuite, été voir six chiots qui seraient nés des amours de mon
chien Homps, le cavaleur, et d'une chienne boxer ; hélas, ils tiennent
plus de leur mère que de leur père. Ensuite encore, merveilleuse prome-
nade crépusculaire, puis nocturne, jusqu'à Lesquère, avec Eliézer et
Etienne, arrivé en fin d'après-midi.
 
    Nous étions allés, au soleil couchant, jusqu'au moulin en ruine qui
est au-dessus de Castel-Picon. Mais Etienne a voulu pousser jusqu'à
Lesquère, en contrebas, malgré l'assurance de rencontrer bientôt la
nuit. Or l'entre chien et loup, sur les chemins, était irrésistible. On 
marchait dans un Eugène Leroy généralisé. La peinture, la poésie, la
littérature en général, la musique, bien sûr, l'art, en somme, la « vie avec
l'esprit », la métaphysique et l'exercice de l'œil, de tous les sens, ont
entre autres fonctions celle-ci, que signent et que confirment l'âge, le
soir venant, les fins de saison : nous faire aimer ce qui n'est pas
immédiatement aimable, les couleurs éteintes, les heures sans lumière,
les jours sans soleil, les saisons basses – non pas aimer ces choses
quoiqu'elles ne soient pas aimables, par une sorte d'ascèse, mais les
aimer parce qu'elles sont belles, et parce que la culture apprend à les voir
telles, à les aimer.
 
    La culture est la science de l'amour du monde.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus