Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Buena Vista Park »
page 106

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«
Traductions

Les traducteurs sont souvent timides : ils craignent, à
conserver dans leur langue les étrangetés et les ambiguïtés
de l'original, qu'on ne les impute à leur maladresse ; aussi
réduisent-ils par prudence, choisissant un sens clair pour plu-
sieurs qui flottaient, le mot ou la construction usuels pour
rendre des audaces ou des bizarreries.

Eliot lui-même, dans ses traductions de Perse, n'échappe pas
à ce reproche. Mais un vers de Bonnefoy donnera un exemple
meilleur : Mourir est un pays que tu aimais. Sa beauté, me
semble-t-il, est largement due à la singularité qui consiste à
définir comme espace, contrée, non pas un nom, ce qui serait
banal, mais un verbe actif [1]. Or le traducteur américain écrit
platement : Death…

Je n'ai jamais lu le roman de Hardy, Tess of the d'Urberville,
mais j'ai toujours été enchanté par l'irréductible étrangeté
de son titre. Cet of the d' me paraissait embrasser, entre ses
membres fragiles, beaucoup de ce que peut être le plaisir
littéraire. Mais l'éditeur français, au lieu d'intituler le livre
Tess des d'Uberville, l'appelle simplement, de peur sans
doute d'inintelligibilité, Tess d'Uberville.


[1] Blanchot écrit aussi : « Parler est un endroit étrange. »
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par VS.