Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Campagne de France (Journal 1994) »
page 355

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«
    Mercredi 5 octobre, six heures du soir. L'opinion qui semble prévaloir
sur Poussin ces temps-ci, et qui pour une fois est tout à fait conforme
à la mienne, c'est qu'il est le lieu géométrique des caractères les plus
contraires ; et que son « classicisme » serait justement constitué de cela,
cet art de ne renoncer à rien (Marc Fumaroli, hier soir, au « Cercle de
minuit ») ; d'occuper tout l'espace offert à la peinture : il est serein
mais violent, équilibré mais agité, éthéré mais terrible, précis mais
vaporeux, etc.
 
    Ce que personne ne dit, en revanche, c'est qu'il est aussi admirable
et médiocre, délicat et pompier, poétique et convenu, virtuose et
maladroit. À mon sens, il n'évolue pas trop bien (mais là encore, c'est 
trop dire – il vient à l'esprit tant de contradictions à pareille assertion
qu'en bout d'examen peu de chose en subsiste).
 
    Jusque vers les années 1640 il est un peintre romain exquis, un des
meilleurs exemples de ce « romantisme des classiques » qui m'est si cher,
comme le plus beau peut-être de tous les romantismes. Est-il conce-
vable que le voyage à Paris, voyage forcé, ou peu s'en faut, l'ait tout de
même chargé, et cela pour toujours, d'une responsabilité écrasante, d'un
rôle à tenir, d'une « figure » à faire, à occuper, celle d'archétype de l'art
français, ou du classicisme international ? Son raidissement, sa tendance
à la frise, sa conception du tableau comme une équation à résoudre (et
qu'il résout parfaitement, hélas), deviennent alors presque caricaturaux,
souvent. Et les visages, qui n'ont jamais été son fort, tournent au
masque de théâtre antique, en de nombreuses occasions.
 
   Cependant, la grâce vient en visite presque jusqu'à la fin, jusqu'à
l'Orion aveugle, jusqu'à certains détails de l'Apollon amoureux de Daphné,
piètre composition pourtant, qui annonce plus le pire Puvis de
Chavannes que…, que…, que…
 
    Qui n'annonce rien du tout, d'ailleurs, et ce n'est pas plus mal.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus