Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Élégies pour quelques-uns »
page 65

Voir la description du livre

«
Eros se présente par exemple sous les espèces assez 
athlétiques d'un joli jeune homme ami d'ami, qu'on m'envoie de 
Paris pour son petit « grand tour ». Un Français ! 
comme on disait avec la plus intense excitation à
Saint-Pétersbourg ou dans les profondeurs du gouvernement de 
Toula, entre les pages des romans russes de jadis. Et que les romans 
russes avaient raison ! Notre prudeur nationale, c'est la 
légèreté. Quel soulagement que de pouvoir se 
livrer à la conversation sans y tenir, et sans la menace de la 
voir verser parmi les états d'âme, dans les 
vicérales croyances et dans l'horrible « discussion » !

Je l'éprouve en un long tête à tête, lors 
d'un dîner à Tivoli, sous le temple de la Sibylle. Puis 
c'est un tour archéologique et nocturne de la Rome des confins :
les jardins de la Sirène et ceux de Galatée, vers les 
tombes des Scipions et la porte latine ; le bastion de Sangallo, le 
prieuré de Malte et la villa Lante : « la fatigue, la nuit, 
le repos, le silence. »

Rien n'est grossier comme de se jeter sur un hôte, n'est-ce pas, 
et pour peu qu'on lui ait offert un toit, un lit, une table, de lui 
laisser entendre, ou un peu davantage, qu'en guise de 
contrepartie… Sans compter que des arrangements de mon 
pensionnaire avec notre ami commun je ne sais rien, ni de la 
précise nature de leur rapports. Chastes au revoir dans 
l'escalier de la tour, donc, et je lis sous ma lampe Quer 
pasticciaccio brutto de via Merulana. Mais tant pis pour Gadda, promis 
à choir dans la ruelle : « j'ai décidé de 
venir t'embêter », a dit une voix depuis la porte. 
Embêtez-moi plus souvent, sweet prince…

Plus tard, et de nouveau c'est presque l'aube, mais la lune presque 
pleine bleuit encore le ciel pâlissant de la Ville, le jeune 
homme reste longuement assis, un peu périlleusement, les bras 
autour de ses jambes comme celui de Flandrin sur le bord de la mer, 
dans l'encadrement de la fenêtre ouverte. Et peut-être les 
fenêtres atteignent-elles seulement à leur perfection 
symbolique absolue, pour moi, lorsque je peux voir, depuis mon lit 
defait qu'il vient de quitter, s'y découper la silhouette 
rêveuse d'un garçon nu, par dessus la cité 
lovée dans son sommeil.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus