Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Le Département de l’Hérault »
page 63

Voir la description du livre

«
LE PONT DE VAREILHES SUR LHERAULT.

De Saint-André il faut faire une légère excursion 
hors de lexcursion, suivre la petite route qui passe derrière 
léglise (à gauche de la route principale), 
dépasser le domaine de lEuzière et descendre au-dessous 
de celui de Vareilles, ou Vareilhes, pour rejoindre le pont du 
même nom, sur la Buèges. 

Ce pont est un peu moins et un peu plus quun pont : une simple 
passerelle, si lon veut ; mais solide, très solide, et sans 
âge, où le rêve donne au mythe rendez-vous. 
Marcheurs et cavaliers pouvaient seuls lemprunter, aucune voiture ne 
la jamais franchi, il est beaucoup trop étroit.
Peut-être est-il moins ancien quil nen a lair, on jurerait 
quil a toujours été là. Et même de 
hâtives restaurations au ciment paraissent marquées de la 
mousse des siècles, pour ne pas dire des millénaires.

Ce pont appartient extraordinairement au pays, on tirerait sur lui 
tout viendrait, lheure aussi, les aiguilles sarrêteraient 
à nos montres. Sa qualité de présence est 
incomparable, sauf à sa qualité déternité.
Et pourtant il pourrait être nimporte où, dans un 
poème persan du XIIIè siècle, dans une strophe du 
romancero, dans un film de Pasolini ou de Téchiné, dans 
une églogue de Théocrite. Cest un pont de souvenir 
denfance et de lithographies romantiques, de baignades et de premiers 
émois, de légendes et de pactes trahis, de regards longs 
et de cris dadolescentes chatouillées. Pas un bruit, pourtant, 
sinon celui de la rivière, et peut-être un 
frémissement, parmi les buissons dalentour. Pas sûr : 
Mon doute, amas de nuit obscure, sachève / En mains rameaux 
subtils qui, hélas… Mais autant et plus que du 
Prélude à laprès-midi dun faune, la meilleure 
écoute quon puisse jamais avoir pour la sonate pour 
flûte, alto et harpe, ce doit être accoudé à 
ce parapet-là, par bribes de souvenirs mêlés 
à la lumière de midi, un jour dabsence au monde et 
doubli imprudent des factures, de faux printemps et damour voletant, 
qui ne sache trop où se poser.

Les rochers du lit de la rivière ont la délicatesse de 
ménager sous vos yeux une sorte de piscine, en avant de la 
première arche – un creux où leau est plus profonde, 
plus verte et plus tranquille. Et certainement on y sauterait en se 
pinçant le nez, parmi les rires des condisciples et leurs 
aspersion dorées, si lon était un enfant tunisien vers 
1895, lors dun voyage dAndré Walter, ou bien un 
écolier français sous Louis XV, ou sous le 
président Fallières.

Que de pareilles scènes aient eu lieu ici ou non, je nen sais 
rien. Il importe peu, comme on dit quand il importe fort. Aujourdhui 
tout est silence, en tous cas, recueillement réel ou feint, 
inadvertance, abandon. Que si lon désire plus de solitude 
encore, plus déloignement du monde et de ses fermes perdues, 
on peut remonter à pied le cours de la Buèges, par des 
sentiers broussailleux, le long de gorges sinueuses. Sinon, il suffit 
de revenir à la « grande » route. Le point de 
ralliement est à Saint-Jean de Buèges, de toute 
façon.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par René Sanquer :
Le lecteur a vraiment très envie d'aller rendre visite à ce pont.