Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Vie du chien Horla »
page 33

Voir la description du livre

«
    Cependant c'était l'année des H, on s'en est
sans doute avisé. La maître avait toujours aimé les
trois nouvelles de Maupassant qui dans leur titre
ont le nom Horla. A vrai dire, c'est le nom lui-
même qui lui plaisait surtout. Deux fois il désigne
un être surnaturel, un succube d'une espèce ou
d'une autre, qui vide l'eau des carafes de la table de
chevet, la nuit, et voyage sur un grand voilier, à
l'instar de Nosferatu. La troisième fois c'est un
aérostat. Dans un cas comme dans l'autre, le Horla
est assez inquiétant. Un Horla qui ne ferait pas
peur, on l'imagine assez mal. Et malgré le goût qu'il
avait pour les deux syllabes de ce mot le maître
n'eût jamais imaginé d'appeler Horla son chien
blond. Mais un chien noir de la tête aux pieds ?
    Ce chien noir-là était tout de même trop
aimable. Que serait un Horla qui lécherait toutes les
mains ?
    Par chance il y avait des bois, ce fut dit, non
loin du pigeonnier. Le dernier arrivé de la petite
meute les pratiquait assidûment. Il aimait à s'y
cacher. Toutefois il voulait aussi qu'on le retrouvât.
Aussi s'asseyait-il en leur sein, mais pas très loin du
bord. De là il regardait les champs, attendant qu'on
vienne le chercher. C'était une sorte de jeu. Son
pelage noir, lorsque la nuit montait de la terre, se
confondait avec l'obscurité, qui peu à peu gagnait
les taillis. Bientôt il n'avait plus de corps. Et lors-
qu'on s'approchait de la lisière de la petite forêt, on
voyait seulement deux yeux fixes, très lumineux,
dorés, suspendus dans le vide, et qui brillaient entre
les branches.
    C'était une vision effrayante, ces deux yeux
sans corps dans les bois. Et lui semblait prendre
plaisir à l'offrir, puisque d'aller s'asseoir là-bas était
devenu de sa part une habitude, que ne parta-
geaient pas les autres chiens. Donc il pouvait bel et
bien faire peur. Ainsi furent levées les dernières
hésitations. Excès de gentillesse ou pas, il allait être
le Horla.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par Jacqueline Voillat.