Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus
Photo © Renaud Camus

Extrait de « Vie du chien Horla »
page 76

Voir la description du livre

«
    Le maître décida qu'il fallait marier le Horla,
ou, à défaut, lui assurer une sorte de vie de famille,
plus complète que la compagnie de son seul frère
(et du chien Homps, mais lui n'était jamais là, pour
de tout autres raisons).
    Il était temps, aussi, de songer à la postérité. Le
maître, qui pendant son enfance avait perdu une
chienne bien aîmée, craignait beaucoup la mort des
chiens. Il imaginait que d'en avoir plusieurs pourrait
diminuer la douleur de voir trépasser tel ou tel, et
que la présence à ses côtés de plusieurs générations
atténuerait de même le chagrin causé par l'extinction de chacune.
    Le hasard le servit. Il y avait dans le voisinage
une dame qui l'approcha parce qu'elle était à la
recherche d'un labrador mâle pour couvrir sa
chienne, qui s'appelait Flora. Le chien Hapax était
exclu des joies de la paternité parce qu'il s'était
révélé qu'il était affecté d'une maladie des hanches,
héréditaire, malédiction des labradors, affection
dont il importait qu'elle ne fût pas propagée.
    Horla restait seul en lice, donc. La chienne
Flora fut amenée sur place, pour deux jours et deux
nuits. Horla et elle furent enfermés dans une
grande pièce où on n'allait guère, et ils eurent tout
le loisir d'y jouir, des heures durant, de l'intimité la
plus parfaite.
    Cependant il fallait bien les sortir, de temps en
temps. D'aucuns soupçonnent que le chien Hapax,
qui rôdait dans les parages, et qui portait le plus
grand intérêt aux opérations, et surtout à la chienne
Flora, dont ne lui avaient certes pas échappé les
heureuses dispositions amoureuses du moment, a
bien pu mettre un peu la main à la pâte, si l'on ose
dire – et cela nonobstant les prescriptions de la
faculté. Pour s'introduire dans le jeu, il aurait profité
d'un moment de distraction du maître et des per-
sonnes qui l'aidaient dans la maison ; d'un moment
de faiblesse ou de satiété du Horla, aussi, qui de
toute façon n'était pas de taille à lui tenir tête, ni
seulement oser sérieusement y songer.
    De ces circonstances, et de ce doute quant à
l'enchaînement exact des événements durant le
séjour de la chienne Flora auprès de ces messieurs,
il résultat une incertitude généalogique, qui
dure encore. Certains prétendent même qu'il est
parfaitement possible qu'une chienne soit engros-
sée par deux chiens en même temps, ou presque en
même temps, et que la progéniture s'ensuivant
relève d'une double paternité.
    Quoi qu'il en soit la progéniture, en l'espèce,
fut abondante. La chienne Flora, deux mois plus
tard, donna le jour à neuf chiots, les uns noirs, les
autres sable. Sur ces neuf, la maîtresse de Flora en
offrit deux au maître du Horla. Il en choisit un noir
et un beige. Ce sont les chiens Orage et Ottokar. Ils
continuent d'illustrer la lignée, malgré la légère
équivoque qui pèse sur leur exacte filiation.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus