Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Sommeil de personne (Journal 2001) »
page 343

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«
   Que va-t-il advenir de ce tableau ? Combien on
aimerait savoir où il se trouvera demain, pour avoir l'espé-
rance de le revoir un jour, de même que ce Domaine
d'Arnheim, d'Ensor, que je n'ai contemplé qu'une fois, et
qui reste dans mon souvenir comme une des plus belles
choses que j'ai jamais contemplées!
   Lui était dans une collection privée, peut-être en
Belgique. Pour Le Départ pour la chasse, je ne souhaite pas
nécessairement un autre destin. Que j'adore ce tableau ne
m'incite pas à désirer à toute force qu'il aille dans un musée,
où il serait accessible à tous et presque à tout moment.
[…] La présence n'est pas la possession, ni
même le libre accès. Habiter poétiquement la terre, comme
il paraît qu'on ne peut plus dire sans faire sourire ou faire
grincer des dents, c'est avoir conscience que les choses sont
là, dans leur absence rayonnnante ; ce n'est pas les avoir à sa
disposition. Ce Départ pour la chasse j'aimerais mieux le
savoir dans quelque domaine d'Arnheim bien clos de murs,
offert à la contemplation aimante d'un véritable amateur
(ou seulement à celle du silence) que soumis à la foule
pressée de quelque galerie publique. Aussi bien n'y a-t-il
pas compatibilité, sans doute, entre l'habitation poétique et
la démocratique ; et c'est bien pour cela que la première n'a
plus droit de cité, et qu'elle est de toute part tournée en
dérision, au premier chef par les poètes (je résiste aux guil-
lemets, qui ne seraient pas polis). Mais ce n'est pas si grave :
car pour habiter poétiquement le monde, il faut l'habiter
en vaincu (comme Adam et Ève). Et la défaite ne nous
faillira jamais.  
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par Henri Bès :
Ce passage que je me suis permis d'abréger ici jette une nouvelle lumière sur le poème-source de Paul Celan, Psalm, que je lisais comme une déploration (ce qu'il est), mais oubliais de lire comme un programme de vie poétique dans ce monde. Car c'est un poème plein de fleurs obstinées, tout comme Ensor, Poe et Degas éclairent le texte de Renaud Camus de leur absence éclatante. "Avec / le style clair d'âme / l'étamine désert-des-cieux/ la couronne rouge/ du mot de pourpre que nous chantions / au-dessus, au-dessus de / l'épine." (Paul Celan, Psalm).