Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Élégies pour quelques-uns »
page 78

Voir la description du livre

«
    C'est qu'il y a deux sortes d'absence, la bathmologie le
sait bien, qu'on pourrait appeler pour les distinguer ante
factum et post factum : l'une est un en deçà de la présence,
l'autre est un au-delà. La première est celle des pays que nous
ne connaissons pas, des musiques inouïes, des êtres que
nous n'avons jamais rencontrés. Celle-là ne m'intéresse 
guère, même s'il arrive aussi qu'elle me hante. C'est une
absence essentiellement conceptuelle, progressiste, dynami-
que et pour tout dire métaphysique. C'est par excellence
l'absence de Dieu – malgré le court épisode de « l'Incarna-
tion », que nous sommes quelques-uns à ne pas trouver
pleinement convaincant. L'autre absence est bien plus hu-
maine, nostalgique et sensuelle, conservatrice et, j'en ai
peur, réactionnaire, même : elle connaît ce qui lui manque.
Elle a – et c'est bien sûr sa cruauté, mais c'est aussi sa force,
sa beauté, son efficace et sa vertu – elle a le son d'une voix,
le grain d'une peau, l'odeur d'une pinède, d'une averse ou
d'une chevelure. Elle luit du miroitement captieux d'un
nom, de la couleur d'un moment, de la terrible acuité d'une
volupté, d'un assentiment ou d'un cri. Sans doute est-elle un
vide, nous ne l'éprouvons que trop. Mais comme dans les
plus audacieuses et les plus belles des nefs, des coupoles et
des cages d'escalier baroques, ce vide est l'élément constitu-
tif d'un espace qu'il structure et qu'il modèle selon ses
formes propres, son épaisseur, ses lois, ses caprices, ses
lancinantes poussées.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus

Cet extrait a été proposé par Jacqueline Voillat.