Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Campagne de France (Journal 1994) »
page 416

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«
    Samedi 12 novembre, sept heures du soir. Nouveaux ennuis
techniques : cet appareil refusait de s'allumer, il y a un moment de cela.
J'ai pensé que c'était dû au froid et à l'humidité, et décidé qu'il était
temps de mettre le chauffage dans la maison (alors que moi j'aurais pu
tenir plus longtemps…). Mais à ce moment-là c'est la chaudière qui a
refusé de s'allumer. Pire, comme je la poussais pour la convaincre, elle
a donné des flammes extrêmement menaçantes. Et maintenant je ne
sais pas si elle est allumée ou pas, et s'il n'arrive pas jusqu'à elle, en
quantité, du gaz qui ne s'enflamme pas – mais qui va s'enflammer d'un
coup. Peut-être que tout va sauter ? Ah ! Qu'on est malheureux de ne
comprendre rien au fonctionnement du monde, et de ses machines !
 
    Cela dit, je ne suis pas si niais que cela, car j'ai disposé un petit
appareil de chauffage d'appoint juste à côté de cette machine-ci, l'ordi-
nateur, et quelques minutes plus tard il se mettait en marche brillam-
ment. Il est comme moi : il n'a besoin que d'un peu de chaleureuse
affection…
 
 
 
    Promenade en trois morceaux, cette après-midi, du côté de
Gramont, de Saint-Créac et de Mauroux : J'ai découvert une assez jolie
butte boisée, face à Saint-Clar, d'où l'on a une vue très vaste sur toute
la grande plaine, sur la vallée de l'Arrats, et bien entendu sur les
Pyrénées. Ce serait un endroit agréable pour un pique-nique de
printemps, non sans nappe blanche, évidemment, ni sans coffre d'osier
contenant la vaisselle et les victuailles, comme dans Le Guépard (j'ai
toujours rêvé d'un pique-nique dans les formes, avec des formes…). Il
pleuvait de temps en temps, le ciel était magnifique, boursouflé, de
toutes les nuances de gris. Seulement, entre la terre brune et cette chape
énorme, une frange d'un blanc parfait, extraordinairement lumineuse.
 
    J'ai entendu par lambeaux, dans la voiture, sur France-Musique,
l'émission de Jean-Michel Damian, « Les imaginaires ». L'invité était
Marc Fumaroli, et le sujet les rapports entre la rhétorique classique et
la musique du Grand Siècle (avec de nombreuses digressions du côté
de la peinture). C'était passionnant de bout en bout, et d'un degré
d'élévation vraiment extraordinaire. Je crois bien qu'il n'y a qu'en France
qu'une radio nationale peut consacrer près de trois heures, un samedi
après-midi, à un sujet aussi « recherché » ; et le traiter sans quitter un seul
instant les sommets de la plus haute culture, de la plus fine rhétorique
(c'est le cas de le dire) et du goût le plus éclairé.
 
    Il a été rendu l'hommage le plus marqué à mon bien-aimé Denys
Gaultier, de sorte qu'entre cette musique sublime et ce ciel terrible, sur
ces collines presque sauvages, aujourd'hui, sombres et convulsées, j'ai
fini par me retrouver dans la plus paradoxale bonne humeur.
 
    Je suis affreusement seul, personne ne m'aime, même cet ordinateur
est prêt à me lâcher ; mais au moins ma vie n'est pas mesquine, mon œil
voit loin, mes chemins sont luisants sous l'orage, et mes heures sont
tout entières écrites (ou presque) selon La Rhétorique des dieux.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus