Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Campagne de France (Journal 1994) »
page 424

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«
    Mercredi 16 novembre, huit heures moins vingt, le soir. Ah les salauds !
Ils sont en train de détruire le chemin qui ne mène nulle part…! Ils l'ont
déjà détruit, car avec les bulldozers dont je les ai vus armés ce matin, 
c'était l'affaire d'une heure ou deux. Les arbres étaient déjà coupés…
    
    Juste au-dessous de Castelnau-d'Arbieu, ce chemin était la plus jolie
note musicale, sur la petite route qui mène de l'Isle-Bouzon à
Fleurance. Il partait à flanc de colline, et on le voyait se dissoudre dans
l'air, à la faveur d'une courbe du paysage.
 
    Il n'y a plus de paysage autour de lui, mais une affreuse immensité
vide. Peut-être a-t-on l'intention de le convertir en une route
commode. Plus vraisemblablement il s'agit de réunir les champs
qu'il séparait : remembrement toujours.
 
    Démembrement plutôt, de la campagne comme réservoir lyrique de
nos âmes. Elle est la victime de la dernière révolution industrielle.
Bientôt, elle ne sera plus qu'un vaste chantier de banlieue, avec des
champs de centaines d'hectares, d'une route à l'autre. Plus de haies, plus
d'arbres, plus de chemins. Plus de granges et d'étables, mais des
hangars et des dépôts, des silos et des magasins – la grande industrie de
plein air.
 
    Impossible de parler de cela à quiconque, « en milieu rural » comme
on dit. Les paysans ne veulent rien entendre – et comme ils sont les
victimes évidentes de l'évolution, et qu'on ne saurait leur chercher
noise, ils sont intouchables. Les hommes politiques ne veulent rien
voir, et pour cela ils n'ont guère à se donner de mal, car en effet ils ne
voient rien, sinon les voix qu'ils risquent de perdre, ou qu'ils ont une
chance de gagner.
 
    Voir la campagne et le paysage comme un objet de beauté, et peut-
être le principal dans notre culture, c'est le fait d'un homme sur cent (et
un sur deux est une femme). Les autres se grisent d'hommages
hypocrites et vous paient de bonnes paroles, qu'on entend sonner creux
dans leur regard d'aveugles.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus