Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Répertoire des délicatesses du français contemporain »
page 30

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«
AIMER. Une tendance générale du français contempo-
    rain, partiellement entraînée par le désir publicitaire
    de surprendre, est de transitiver les verbes intransi-
    tifs (penser les retraites, mal vivre le remariage de son
    père, travailler ses deltoïdes) et d'employer intransitive-
    ment les verbes transitifs : Ah ! moi tout ce qui est
    montagne, j'adore. T'aimes ?
        Cette « intransitivisation » de aimer et de adorer,
    en particulier, est toute relative, certes, car dans la
    plupart des emplois qui en sont marqués le complé-
    ment est fortement sous-entendu, et le plus souvent
    il a fait l'objet d'un simple déplacement :
        La précarité, les syndicats américains aiment de
    moins en moins (France Culture, Informations,
    11 octobre 1999).
        Le poisson, les fruits de mer, j'aime beaucoup.
        Le cinéma portugais, j'adore.
        Il reste que des verbes éminemment transitifs
    demeurent en suspens dans l'air, ce que la langue tra-
    ditionnelle, dans les constructions du même genre,
    évitait par le recours à un pronom démonstratif
    qu'on pourrait dire de récapitulation, et dont le rôle
    était purement fonctionnel, ou structurel : « le théâtre
    scandinave, j'ai toujours beaucoup aimé cela », « les
    excursions, les voyages, les croisières, toutes les occa-
    sions de mettre le nez dehors, j'adore ça ».
        Cependant il faut reconnaître que aimer, dans la
    langue classique, n'était pas toujours transitif :
    « J'aimais, Seigneur, j'aimais, je voulais être aimée »
    (Racine). Mme Récamier « n'a jamais aimé de pas-
    sion et de flamme ; mais cet immense besoin d'aimer
    que porte en elle toute âme tendre se changeait
    pour elle en un infini besoin de plaire, ou mieux
    d'être aimée » (Sainte-Beuve). Il s'agit là d'un usage
    absolu du verbe qui n'a que très peu de chose à voir,
    à la vérité, avec l'emploi artificiellement intransitif
    auquel il est soumis de nos jours.
        Ce qui peut déplaire, de toute façon, ce n'est
    pas tant qu'aimer ou adorer soient employés sans
    complément immédiat, c'est surtout que cette tour-
    nure soit si manifestement un tic de langage, lié de
    la façon la plus étroite à une époque et à un niveau
    de discours, en l'occurrence assez médiocre.
        Mireille David, vous faites partie de ceux qui ont
    aimé, je crois ?
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus