Photo © Renaud Camus
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Extrait de « La Salle des Pierres (Journal 1995) »
page 11

Voir la description du livre

«
    Plieux, dimanche 1er janvier, cinq heures et quart, l'après-midi.
Temps très froid, mais très beau. Ciel presque entièrement dégagé.
Grand vent. Grand soleil. A faire courir leurs ombres sur les champs
il n'y avait que quelques nuages effilochés, gris perle ou blanc rosé.
 
    Non sans mal j'ai poussé sur une vingtaine de mètres une grosse
section de tronc d'arbre qui moisissait dans une pile, et je l'ai placée
exactement à l'endroit où depuis des mois je déplorais qu'il n'y eût
rien pour s'asseoir, près de la ferme inhabitée de Pitré. C'est au-
dessus du hameau de Naudin, sur les hauteurs de L'Isle-Bouzon.
Désormais, de cette banquette rustique et moussue, on peut contem-
pler sans même tourner le buste, ainsi que je le souhaitais, et comme
sur ces montages photographiques qui montrent côte à côte
plusieurs des points cardinaux, deux des panoramas les plus vastes et
les plus profonds de la région : la vallée de l'Arrats en direction du
sud, telle qu'elle s'enfonce vers Mauvezin, en amont, entre le clocher 
de Saint-Clar et le donjon d'Avezan ; et la vallée de l'Arrats en direc-
tion du nord, telle qu'elle serpente jusqu'à la Garonne, en aval, non
sans contourner d'abord le promontoire de Gramont – la longue
façade du château se déploie juste à hauteur du regard, sur l'autre
rive…
 
    Bien sûr le double panache des tours de refroidissement de
Golfech, au loin, ôte un peu de son romantisme au paysage, même
si l'on ne voit pas les tours elles-mêmes. Mais quel paysage peut se
vanter d'avoir encore tout son romantisme, de nos jours ? Le roman-
tisme s'est barricadé dans les mauvais livres, et si de temps en temps
il tente une sortie, il se fait tirer dessus de tous les côtés. Cependant
mon banc de contemplation improvisé, sous le grand ciel bleu
d'hiver, et presque en lui, peut très bien servir à guetter quelque dieu
voyageur, Wotan, ou Diotima, et tous les signes épars dans l'air
transparent de l'an neuf.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus