Photo © Renaud Camus
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Extrait de « Répertoire des délicatesses du français contemporain »
page 100

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«
CHAMPAIGNE  (PHILIPPE DE). Il y a moins d'un demi-
    siècle encore, dans les familles cultivées, on apprenait
    aux enfants à prononcer Champagne. Aujourd'hui,
    même entre spécialistes de la peinture française du
    XVIIe siècle, qui dirait Philippe de Champagne se verrait
    certainement soupçonné de confondre la mère
    Angélique Arnauld avec la veuve Clicquot.
        Léon Warnant, très curieusement, en 1987
    encore, dit que le nom du peintre se prononce
    Champagne et non Champaigne, « qui est rare ».
    Cette précision est vraiment inattendue. Il n'est pas
    question tous les jours de Philippe de Champaigne,
    sans doute, mais lorsque son nom apparaît on
    entend presque toujours Champaigne, de nos jours ;
    et c'est la prononciation Champagne qui est rare, et
    même plus que rare, alors qu'elle a pour elle la plus
    ancienne tradition.
        La plupart des dictionnaires des noms propres
    et des encyclopédies donnent les deux orthographes,
    mais la graphie Champagne est peu répandue.
        Il faut noter que le nom Montaigne a subi exacte-
    ment la même évolution. Mais comme on parlait plus
    et plus souvent de Michel de Montaigne que de
    Philippe de Champaigne, l'évolution a été plus rapide.
        Jadis, plutôt que d'aligner la prononciation sur
    la graphie, comme on le fait de nos jours, on ali-
    gnait la graphie sur la prononciation. Boileau écrit
    Montagne, quand il parle de l'auteur des Essais. Très
    longtemps on a dit Montagne, pour Montaigne.
    Cependant Warnant est au-dessous de la vérité
    quand il écrit que Montagne est « vieilli, et peut-être
    pédant ». La prononciation Montagne, pour le nom
    de Michel Eyquem, est sans exemple contemporain
    qu'on sache. D'autre part le même Warnant n'est
    pas très cohérent, en prenant parti pour Champagne
    d'une part et pour Montaigne de l'autre. On serait
    tenté de dire que c'est la langue qui ne l'est pas, ou
    l'usage – et certes ils ne le sont pas toujours. Mais
    en l'occurrence ils ont fini par trancher en faveur de
    Champaigne et Montaigne. Toute résistance en
    faveur de Montagne serait désormais vaine, et relève-
    rait de l'excentricité. En revanche on peut encore se
    battre en faveur de Champagne ; mais c'est se mon-
    trer un peu inconséquent, si l'on dit Montaigne.
        La question de l'i avant gn et après a ou o a été
    assez peu étudiée. Littré n'en dit pas un mot dans
    ses divers articles a, i, g, o, etc. Warnant ni le Robert
    ne l'abordent non plus. Elle est pourtant très inté-
    ressante et complexe. Dans la plupart des combi-
    naisons du type a-i-g-n et o-i-g-n, il semble que le i
    ait été une sorte de non-lettre, en français classique,
    tout à fait comme le g, en italien, dans les combinai-
    sons g-l-i-o et g-l-i-a (→ BROGLIE, CAGLIOSTRO
    IMBROGLIO). La lettre s'écrit, mais elle ne se pro-
    nonce pas. Elle n'est dans le mot qu'une trace histo-
    rique. Les noms de famille ou de lieux tels que
    Chassaigne ou Cassaigne, La Cassaigne, etc., se pro-
    nonçaient et se prononcent encore, quelquefois,
    Chassagne ou Lacassagne.
        Parmi les noms communs, les exemples vivants
    de cette étrangeté sont de plus en plus rares, mais on
    dit encore o-gnon pour oignon – jusqu'à quand ? La
    prononciation foire d'empo-gne (pour empoigne) n'est
    pas tout à fait morte, bien qu'elle ne sorte pas beau-
    coup dans la rue. Si l'on était cohérent, pour le coup,
    il faudrait dire un homme à po-gne. Le mot pogne, qui
    paraît presque argotique, et le mot poigne en fait n'en
    sont qu'un. Littré recommande encore de prononcer
    po-gnan pour poignant, po-gnar pour poignard, po-
    gnarder, pour poignarder et po-gnée pour poignée.
    « Quelques-uns disent poi-gnée… » En revanche il ne
    semble pas qu'on ait jamais dit so-gner pour soigner.
»

© R. Camus
Reproduit avec l'autorisation de Renaud Camus